La souffrance est le guide, la sagesse est la leçon [ p. 52 à 65 ]
Alors que nous pouvons croire que nous avons soigneusement organisé notre vie comme si nous pouvions la régler et la gérer, pendant tout ce temps chaque expérience et chaque relation nous forment et nous préparent à quelque chose qui se trouve peut-être au-delà de notre contrôle.
Ce faisant, nous nous approchons encore plus du moment où l'occasion nous sera donnée de démontrer notre maîtrise sur nos trahisons, confiances violées, et nos questions controversées. Mais ce n'est qu'après avoir mis en place notre dernier outil spirituel de création d'équilibre, que nous indiquerons que nous sommes prêts. C'est notre équilibre qui dit: "Eh! Je suis prêt. Allez-y!" Maintenant nous sommes prêts à démontrer à l'Univers ce que nous avons appris.
Avant que nous n'apprenions par l'expérience, que ce soit consciemment ou inconsciemment, nos épreuves seront peut-être si subtiles que nous ne les reconnaîtrons pas comme des épreuves! Ce n'est que lorsque nous prenons conscience de ce que les trahisons et les promesses brisées de notre passé nous ont enseigné, que nous acquérons la sagesse et les habiletés nécessaires pour nous permettre de guérir des anciens modèles et nous faire avancer dans la vie...
Durant le boom technologique des débuts des années 1990, Gérald (pseudonyme) était ingénieur à Silicon Valley, en Californie. Il avait deux magnifiques jeunes filles et était marié depuis presque 15 ans à une femme également superbe... Il était devenu un atout précieux pour l'entreprise, et les besoins de son expertise exigeaient sa présence au-delà des limites d'une journée normale de travail.
Pour répondre à la demande face à ses compétences, Gérald a commencé à travailler tard le soir et les fins de semaine, et à voyager pour faire la démonstration de son logiciel dans des foires commerciales et des expositions à l'extérieur de la ville. Il a fini par passer plus de temps avec ses collègues de travail qu'avec sa famille... Il a bientôt commencé à se sentir comme un étranger dans sa propre maison. Il connaissait mieux les familles de ses collègues de travail que la sienne.
C'est à ce moment que la vie de Gérald a pris un tournant inattendu. Il était venu me voir pour une séance de counseling alors que j'écrivais un livre décrivant de quelle façon les "miroirs" des relations entrent en ligne de compte dans notre vie. Il y a plus de 2200 ans, les auteurs des manuscrits de la mer Morte avaient identifié sept modèles spécifiques que nous pouvons prévoir dans nos interactions avec d'autres personnes. Alors que l'histoire de Gérald se dévoilait, il était clair qu'il décrivait l'un de ces modèles, le reflet de la vie au sujet de notre plus grande peur, communément connue comme la "nuit noire de l'âme."
Parmi les ingénieurs de son bureau, il y avait une brillante jeune programmeuse de son âge. Il s'est retrouvé à faire équipe avec cette femme pour des missions qui duraient parfois des jours et qui les emmenaient dans des villes à travers le pays. Rapidement, il a eu l'impression qu'il la connaissait mieux qu'il ne connaissait sa propre femme. À cette étape de l'histoire, je soupçonnai en deviner la fin. Ce que j'ignorais, c'était la raison pour laquelle Gérald était si bouleversé, et ce qui lui arriverait.
Peu de temps après, il a cru qu'il était amoureux de sa collègue de travail, et il a choisi de quitter son épouse et ses filles pour recommencer sa vie avec sa collègue. Étant donné qu'il avaient tellement d'intérêts communs, la décision était parfaitement logique à l'époque. Mais quelques semaines après, sa nouvelle partenaire a été affectée à un projet à Los Angeles. En demandant quelques faveurs, Gérald s'est débrouillé pour obtenir un transfert au même bureau.
Les choses ont tout de suite commencé à se gâter, et Gérald a découvert qu'il avait perdu plus que ce à quoi il s'était attendu. Les amis que lui et son épouse avaient connus pendant des années étaient soudainement devenus distants et inaccessibles...
C'est là où arrivent le "miroir de l'équilibre" et la "nuit noire de l'âme". Juste au moment où tout paraissait se mettre en place, Gérald a découvert que tout finissait par s'écrouler. Après quelques semaines, son nouvel amour lui a annoncé que leur relation la décevait. Elle l'a terminée abruptement et lui a demandé de partir. En un tournemain, il était seul et dévasté. "Après tout ce que j'ai fait pour elle, comment peut-elle me faire ça?", geignait-il. II avait laissé son épouse, ses enfants, ses amis et son emploi. En bref, il avait quitté tout ce qu'il aimait.
Rapidement, sa performance au travail a commencé à se détériorer. Après plusieurs avertissements et une évaluation moins qu'idéale de son rendement, son département a fini par le congédier. À mesure que l'histoire de Gérald se déroulait, ce qui lui était arrivé devenait de plus en plus évident. Sa vie était passée du plus haut confort intérieur et extérieur, de toutes les perspectives d'une nouvelle relation, d'un nouvel emploi, et d'un meilleur revenu, au plus bas des bas, alors que tous ses rêves s'écroulaient. Le soir où Gérald est venu me voir, il se posait une seule question: "Que s'est-il passé?" Comment se faisait-il que des choses si bonnes en apparence aient si mal tourné?
Notre nuit noire de l'âme: reconnaitre le déclencheur
Au moment où je l'ai rencontré, Gérald avait perdu tout ce qu'il aimait. La raison qui explique tout ceci constitue la clef de son histoire. Plutôt que de quitter les choses qu'il aimait parce qu'il sentait qu'il avait complété une phase de sa vie et qu'il était temps de passer à de nouvelles choses, il a effectué des choix en croyant profondément qu'une meilleure situation se présentait. En d'autres mots, il n'a pas pris de risque. Étant donné qu'il craignait de ne pouvoir trouver mieux, il est longtemps demeuré marié physiquement, après avoir quitté sa famille sur un plan émotionnel. La différence entre quitter notre emploi, nos amis, et nos relations amoureuses parce que nous sentons que nous avons complété une phase de notre vie, et demeurer avec eux par crainte qu'il n'y ait plus rien d'autre pour nous est bien que subtile, très significative.
Dans tous les types de relations, il peut y avoir une tendance à s'accrocher au statu quo jusqu'à ce que quelque chose de mieux se présente. Cet attachement peut provenir de notre inconscience par rapport à nos propres actes, ou bien on peut l'expliquer par notre crainte de jouer les trouble-fêtes et d'affronter l'incertitude de l'inconnu. Même si cela peut très bien représenter un modèle dont nous sommes inconscients, c'est tout de même un modèle. Qu'il s'agisse d'un emploi, d'une relation amoureuse, ou de notre style de vie, nous pouvons nous retrouver dans un modèle de vie auquel nous tenons, mais dans lequel nous ne sommes pas vraiment heureux; pourtant nous n'avons jamais honnêtement communiqué notre état aux personnes qui partagent notre vie. Donc, même si les gens croient que nos vies continuent comme à l'accoutumée, il se peut que, dans notre for intérieur, nous ayons envie de hurler pour que les choses changent et que nous nous sentions frustrés parce que nous ignorons comment partager ce besoin avec ceux qui nous sont proches.
C'est ce type de modèle qui nourrit la négativité. Souvent, nos véritables sentiments sont déguisés sous de la tension, de l'hostilité, ou tout simplement d'être absent de la relation. Chaque jour, nous accomplissons les gestes nécessaires à notre emploi, ou nous partageons notre vie avec une autre personne, alors qu'émotionnellement nous sommes distants, ailleurs, dans un autre univers. Qu'il s'agisse de problèmes avec un patron, un amoureux, et même avec nous-même, nous rationalisons, nous acceptons des compromis, et nous attendons. Puis un jour, juste comme ça - boom! -, ça arrive. Semblant atterrir de nulle part, ce que nous avons toujours attendu et désiré arrive soudainement. Nous nous jetons donc dessus, comme si notre survie même en dépendait.
Dans le cas de Gérald, lorsqu'il est déménagé dans une nouvelle ville avec sa nouvelle flamme, il a laissé derrière lui un vide non résolu dans lequel son monde s'est ensuite effondré. Ayant perdu tout ce qu'il aimait, Gérald était maintenant assis devant moi, et d'énormes larmes coulaient sur ses joues. "Comment puis-je retrouver mon emploi et ma famille? Dites-moi comment faire!"
Comme je lui tendais la boîte de mouchoirs que je conservais sur une table tout près, pour de telles situations, j'ai dit quelque chose qui a complètement trompé la vigilance de Gérald. "Dans cette période de votre vie, il ne s'agit pas de retrouver ce que vous avez perdu, ai-je commencé, même s'il est possible que ce soit cela qui arrive à la fin. Ce que vous avez créé pour vous-même va plus profondément que votre emploi et votre famille. Vous avez simplement éveillé une force en vous qui peut devenir votre plus puissante alliée, ai-je continué. Quand vous aurez traversé cette expérience, vous obtiendrez une nouvelle confiance inébranlable. Vous êtes entré dans une période que les Anciens reconnaissaient et nommaient la nuit noire de l'âme". Gérald s'est essuyé les yeux et s'est renversé sur sa chaise
- Que voulez-vous dire par "la nuit noire de l'âme"? a-t-il demandé. Comment se fait-il que je n'en aie jamais entendu parler?
- Une "nuit noire de l'âme" est un moment dans votre vie où vous serez attiré dans une situation qui vous met en face de ce que sont pour vous vos pires craintes, ai-je répondu. Une période telle survient généralement au moment où vous vous y attendez le moins, et habituellement sans avertissement. Le point délicat, ai-je continué, c'est que vous ne pouvez être attiré dans cette dynamique que lorsque votre maîtrise de la vie indique que vous êtes prêt. Alors, juste au moment où on dirait que la vie est parfaite, l'équilibre que vous avez réussi constitue le signal que vous êtes prêt à un changement. Le déclencheur pour créer le changement sera quelque chose que vous désirez dans la vie, quelque chose auquel vous ne pouvez tout simplement pas résister. Autrement, vous ne plongeriez jamais!
- Parlez-vous d'un attrait comme d'une nouvelle relation? a demandé Gérald.
- Exactement comme une nouvelle relation, ai-je répondu. Une relation est le type de catalyseur qui promet que nous avancerons dans la vie.
Continuant sur ma lancée, j'ai expliqué que, même si nous savons que nous sommes parfaitement capables de survivre malgré tout ce que la vie lance sur notre chemin, ce n'est pas dans notre nature de nous réveiller un matin et de dire: "Hum. Aujourd'hui je crois que j'abandonnerai tout ce que j'aime et m'est cher, pour entrer dans ma nuit noire de l'âme". Ça n'est tout simplement pas ainsi que nous fonctionnons. Comme c'est si souvent le cas, les plus grandes épreuves de notre nuit noire semblent se produire au moment où nous nous y attendons le moins.
Il y a quelques années, j'ai rencontré par hasard un ami qui venait juste de quitter une carrière, une famille, des amis et une relation, dans son État natal, pour déménager dans les terres sauvages du nord du Nouveau-Mexique. Je lui ai demandé pourquoi il avait tant laissé derrière lui pour venir s'établir dans l'isolement des hauts plateaux désertiques. Il a commencé à me dire qu'il était venu vers les montagnes pour trouver sa voie spirituelle. Mais du tac au tac, il finit par me dire qu'il n'avait cependant pas été capable de commencer son chemin puisque rien ne fonctionnait comme il le voulait. Il éprouvait des difficultés avec son entreprise, sa famille, et les amis qu'il avait laissés derrière lui. Sa frustration était évidente.
J'ai appris là que, dans la vie, il n'y a pas d'accidents, et que chaque obstacle que nous rencontrons fait partie d'un ensemble plus vaste. Pendant que j'écoutais son récit, le désir de mon "cerveau humain" de réparer les choses dans la vie m'a poussé à lui présenter mon point de vue. "Peut-être que c'est là ta voie spirituelle", ai-je suggéré. "Peut-être que ta façon de résoudre chaque problème est le chemin que tu es venu chercher ici". Alors qu'il repartait, il s'est retourné, et il a simplement dit: "Hum. C'est peut-être ça".
Il est très logique que la vie puisse nous apporter exactement ce qu'il nous faut, au moment précis où nous en avons besoin. De même que nous ne pouvons remplir une tasse avec de l'eau avant de tourner la poignée du robinet à "ouvert", disposer d'une boîte à outils émotionnelle complète est ce qui signale au robinet de la vie de provoquer le changement. À moins que nous ne déclenchions le flot, il ne peut rien arriver. L'autre aspect de cette dynamique, c'est que, lorsque nous nous retrouvons dans une "nuit noire de l'âme", il est peut-être rassurant de savoir que le seul moyen d'avoir pu se retrouver dans un tel endroit de la vie, c'est que nous avons tourné nous-même le commutateur! Consciemment ou non, nous sommes toujours prêts à recevoir tout ce que la vie peut nous offrir.
Nos plus grandes peurs
L'objectif de la "nuit noire de l'âme", c'est de faire l'expérience de nos plus grandes peurs et de les guérir. Le grand intérêt de cette "nuit noire", c'est que les peurs de chacun sont différentes; ce qui semble être une expérience terrifiante pour une personne sera peut-être vraiment anodin pour quelqu'un d'autre. Par exemple, Gérald a admis que sa pire peur était qu'on le laisse seul. Mais le même soir, j'ai parlé à une femme qui m'a dit qu'"être seule" était sa plus grande joie.
Il n'est pas rare que quelqu'un qui craint de demeurer seul devienne maître à s'engager dans des relations dans lesquelles il fera l'expérience de sa peur. Par exemple, Gérald décrivait des romances, des amitiés, et des emplois passés qui n'auraient jamais pu durer! Lorsque chacun d'eux se terminait, il croyait que la relation avait "échoué". En réalité, il avait tellement réussi ses relations que chacune lui permettait de revivre sa plus grande peur et d'avancer. Comme il n'avait jamais guéri, ou même reconnu, les modèles de sa vie, il se retrouvait pourtant dans des situations où sa peur devenait de moins en moins subtile. En fin de compte, la vie l'avait amené à un point où sa peur était tellement évidente qu'il devait s'en occuper avant de pouvoir continuer.
Même s'il se peut que nous traversions plusieurs "nuits noires de l'âme" durant notre vie, la première est habituellement la pire. C'est probablement aussi le plus puissant agent de changement. Une fois que nous comprenons pourquoi nous souffrons autant, l'expérience commence à prendre une nouvelle signification. Au moment où nous reconnaissons les poteaux indicateurs d'une "nuit noire", nous pouvons dire: "Ah! Je connais ce modèle! Oui, c'est vraiment une nuit noire de l'âme; très bien. C'est parfait! Maintenant qu'est-ce qu'on me demande de maîtriser?"
Je connais des gens qui sont devenus tellement puissants une fois guéris de leur expérience de la "nuit noire", qu'ils défient presque l'Univers de leur apporter une autre expérience. Ils agissent ainsi tout simplement parce qu'ils savent que, s'ils ont survécu à la première expérience, ils peuvent survivre à n'importe quoi. Mais lorsque nous vivons de telles expériences sans comprendre leur nature ou leur raison d'être, nous pouvons demeurer emprisonnés pendant des années, ou même une vie entière, dans un modèle qui peut littéralement nous enlever ce qui nous est le plus cher, comme la vie elle-même...
Pour aimer, il nous faut ressentir [ p. 80 à 85 ]
Décrit dans de nombreuses traditions anciennes, le pouvoir de la sagesse, de la beauté et de la prière a été redécouvert par des expériences modernes. Comme nous l'avons vu dans l'introduction, par exemple, le thème sous-jacent du savoir des Navajos est basé sur la reconnaissance de la relation entre la douleur, dans leur monde extérieur, et la sagesse et l'amour dans leur cœur. Bien qu'il s'agisse d'expériences indiscutablement différentes, la souffrance, la sagesse, et l'amour semblent être intimement liés dans une relation surprenante et sans doute inattendue.
Par notre souffrance, nous reconnaissons notre capacité de ressentir - plus la souffrance est grande, plus les sentiments sont puissants. Dans nos plus profonds sentiments de douleur, nous découvrons l'intensité de notre capacité d'aimer. Le pardon semble aussi être directement lié à notre souffrance. Plus la souffrance est grande, explique Tim Laurence, plus il est avantageux de pardonner. De ce point de vue, on peut considérer que notre douleur est un baromètre de notre habileté à aimer, plutôt qu'une punition pour les choix que nous effectuons. C'est cette subtile relation qui démontre la force que de nombreuses traditions décrivent comme la "colle" qui tient notre monde ensemble - le pouvoir de notre amour. Nous trouvons notre plus grande guérison dans notre pouvoir d'aimer.
On dirait presque que nous venons dans ce monde et que nous sommes mis à l'épreuve, de façons impensables pour des gens rationnels et aimants. Par nos relations, nos emplois, nos pertes, et nos échecs, nous poussons nos habiletés jusqu'au bout. Tout ce temps, nous nous posons la même question: "Pouvons-nous aimer à travers ces expériences?" Pouvons-nous aimer en présence des inimaginables atrocités justifiées par la couleur de notre peau ou par notre façon de comprendre Dieu? Sommes-nous capables d'aimer dans un monde où d'autres ont essayé de tuer ce qu'ils ne comprenaient pas, et d'effacer des peuples entiers de la surface de la terre?
Chacun de nous a personnellement souffert les pertes d'êtres aimés, qui étaient là un jour et qui sont soudainement disparus de notre vie. Nous en avons vu d'autres qui ont souffert de maladie, comme aucun être humain ne devrait jamais avoir à souffrir. Quand ils sont partis pour toujours, nous nous demandons: "Pouvons-nous aimer quand nous souffrons de leur absence?" Notre amour est souvent mis à l'épreuve d'une manière que nous ne choisirions jamais consciemment, ou que nous n'aurions jamais pu imaginer. Chaque fois que la vie demande si nous pouvons encore aimer, la réponse est la même. C'est un très grand "Oui!" résonnant - puisque que nous sommes toujours ici.
Que nous l'appelions de ce nom, ou que nous visions simplement ce qu'il signifie dans notre vie, cela ne fait pas de différence - notre amour est ce qui nous soutient. Il nous porte à travers les moments difficiles, tout comme à travers les moments extraordinaires, et nous promet que nous guérirons toujours des douleurs les plus atroces que la vie peut nous offrir. La clef fournie par les temps anciens pour permettre à notre amour de nous guérir, c'est de le laisser entrer dans notre vie. Pour y arriver, nous devons trouver un moyen de transformer nos plus grandes douleurs en notre plus profonde sagesse.
Transformer la souffrance en sagesse
Faisant partie d'un cycle naturel, les expériences de "douleur" et de "sagesse" semblent être intimement liées. Alors que la souffrance provient de notre interprétation d'une expérience, si nous modifions notre perception de l'événement, nous déplacerons notre centre d'intérêt dans le cycle. Quand une expérience est si douloureuse qu'il nous est plus facile de la nier, de nous distraire d'elle, ou, d'une certaine façon, d'éviter de nous en occuper, plutôt que de l'aborder de front, nous pouvons facilement nous retrouver coincés dans nos sentiments. Mais en chacun de nous existe le pouvoir de transmuer notre souffrance, en sa forme guérie, qui est la sagesse, peu importe d'où elle provient. Alors que l'expérience qui a originellement causé la blessure demeure inchangée, notre façon de nous sentir à propos de notre souffrance constitue le lieu même où nous trouvons notre pouvoir.
À première vue, cette compréhension semble nous demander de simplement laisser la souffrance faire son temps, falsifiant un nouveau sentiment au sujet des événements de nos vies. Mais un examen plus approfondi révèle que les Anciens comprenaient et appliquaient un principe subtil séculaire, que la science occidentale n'a reconnu que tout récemment. Ce principe suggère que le monde qui nous entoure est un miroir vivant - le tissu quantique qui reflète les émotions qui vivent en nous. Plus spécifiquement, les modèles de santé dans notre corps, le soutien de nos familles, des communautés, et la paix de notre monde, tendent à refléter nos plus profondes croyances. Cette relation entre la croyance et l'expérience est maintenant fermement soutenue dans les théories les plus nouvelles de la physique du 21e siècle.
Il semble que ce principe est véridique autant pour les croyances que nous considérons "négatives", que pour les "positives". Des émotions positives comme la gratitude, la compassion et l'amour sont maintenant considérées comme étant des déclencheurs de conditions qui favorisent la vie - comme une tension artérielle plus basse, la libération de "bonnes" hormones, et une réaction immunitaire améliorée. De la même façon, des émotions qui rejettent la vie, comme la colère, la haine, la jalousie et la rage sont susceptibles d'encourager des conditions qui menacent la vie, comme un rythme cardiaque irrégulier, une réaction immunitaire affaiblie, et une augmentation des niveaux d'hormones du stress.
Il n'est peut-être pas surprenant, alors, de découvrir que, dans la subtilité de ce principe, nous trouvons aussi la clef de ce que plusieurs croient être la force la plus puissante de la création! Dans l'histoire de sa quête de la vérité de la vie, Gurdjieff s'est retrouvé dans un monastère éloigné et caché dans un pays anonyme, où il a été invité à demeurer jusqu'à ce qu'il ait éveillé un grand pouvoir en lui-même. "Demeurez ici", lui a dit le maître, "jusqu'à ce que vous acquériez une force intérieure que rien ne peut détruire". Je crois que cette force était l'amour, la sagesse et la compassion qui proviennent de la guérison de la souffrance. La clef qui attribue une nouvelle signification aux choses qui nous blessent est la même clef qui nous permet de dépasser nos jugements sur la vie. C'est le pouvoir ancien de la bénédiction...