par T.COLLIN CAMPBELL et THOMAS M. CAMPBELL
SOURCE : Extraits de LE RAPPORT CAMPBELL , p. 331 à 434
LE CÔTÉ SOMBRE DE LA SCIENCE La désinformation - Conséquences sur le plan public [p. 331-334] Les leçons tirées de mon expérience professionnelle ont peu à voir avec des noms précis ou des institutions précises. Elles ont davantage à voir avec ce qui se passe dans les coulisses de n'importe quelle grande institution. Ainsi, ce qui se passe en coulisses pendant les débats nationaux, que ce soit au sein de communautés scientifiques, du gouvernement ou de salles de conseil du milieu industriel, est d'une importance capitale pour la santé de notre nation. Les expériences personnelles que j'ai relatées dans ce chapitre (seulement quelques exemples!) ont des conséquences bien plus grandes que l'exaspération que j'ai pu ressentir et les dommages causés à ma carrière. Ces expériences font ressortir le côté sombre de la science, le côté qui fait du tort non seulement aux chercheurs qui sont dans le chemin, mais à toute la société. Ce tort est fait quand on tente systématiquement de cacher, de rejeter et de mettre à mal des points de vue qui s'opposent au statu quo. Certaines personnes qui occupent des postes très influents au sein du gouvernement et des universités se posent comme des experts scientifiques, alors que leur véritable boulot est d'étouffer tout débat scientifique ouvert et honnête. Peut-être reçoivent-elles des compensations significatives pour voir aux intérêts des puissantes industries alimentaires et pharmaceutiques, ou peut-être sont-elles simplement et personnellement biaisées parce qu'elles partagent le même point de vue que certaines compagnies. Ce parti pris personnel est plus fort que vous ne le pensez... La majorité des scientifiques sont honorables, intelligents et voués à la recherche pour le bien de tous, non pour leur intérêt personnel. Cependant, quelques-uns sont prêts à vendre leur âme au plus offrant. Ils ne sont peut-être pas nombreux, mais ils peuvent causer un grand tort... Les institutions font également partie du côté sombre de la science. Les comités tels le Comité d'information publique sur la nutrition et le Conseil américain sur la science et la santé créent des institutions et des comités d'experts boiteux qui sont davantage intéressés à promouvoir leur point de vue qu'à débattre de la recherche scientifique avec une ouverture d'esprit... De plus, cette fermeture d'esprit en science se répand dans tous les systèmes. La Société américaine du cancer n'a pas été la seule institution sanitaire à rendre la vie difficile à l'AlCR (American Institute for Cancer Research – Institut américain de recherche contre le cancer). Le Bureau d'information publique de l'Institut national du cancer, la faculté de médecine de Harvard et quelques autres facultés de médecine d'autres universités étaient très sceptiques quant à l'AlCR et, dans certains cas, carrément hostiles. Cette hostilité de la part des facultés de médecine m'a tout d'abord surpris, mais quand la Société américaine du cancer, une institution médicale très traditionnelle, s'est mise de la partie, il est devenu évident que nous avions vraiment affaire à 1'"ordre médical établi". Celui-ci n'acceptait pas l'idée d'un lien sérieux et possible entre l'alimentation et le cancer, ou toute autre maladie. La "grande" médecine aux États-Unis s'occupe de traiter les maladies à l'aide de médicaments et de la chirurgie dès que des symptômes apparaissent. En d'autres termes, vous avez pu voir à la télévision la Société américaine du cancer qui n'accorde presque aucune crédibilité au fait que l'alimentation et le cancer sont liés, et ouvrir un quotidien où l'Institut américain de la recherche sur le cancer vous dit que ce que vous mangez peut avoir un impact sur votre risque d'avoir le cancer. En qui devez-vous avoir confiance? Seul un habitué des rouages internes du système peut distinguer les points de vue sincères basés sur la science des points de vue malhonnêtes fondés sur la cupidité. Comme je me suis trouvé à l'intérieur du système pendant de nombreuses années, à y travailler aux plus hauts échelons, j'en ai assez vu pour me permettre d'affirmer que la science n'est pas toujours dans une honnête quête de vérité comme bien des gens se l'imaginent. L'argent, le pouvoir, l'ego et la protection des intérêts personnels entrent trop souvent en jeu, et ce, au détriment du bien-être public. Nul besoin que des actes illégaux se produisent. Nul besoin que d'énormes pots-de-vin soient versés sur des comptes secrets ou à des enquêteurs privés dans des halls enfumés d'hôtels. Il ne s'agit pas ici d'un scénario hollywoodien, mais simplement du gouvernement, de la science et de l'industrie au quotidien aux États-Unis. LE RÉDUCTIONNISME SCIENTIFIQUE [p. 358-360] Voilà qui est au cœur même du réductionnisme scientifique. Tant et aussi longtemps que les scientifiques étudieront les éléments chimiques et les composantes alimentaires isolément, et qu'ils utiliseront l'information hors de son contexte pour formuler des hypothèses à l'emporte-pièce sur les relations complexes qui existent entre l'alimentation et les maladies, la confusion règnera. Les manchettes fallacieuses sur tel ou tel élément chimique dans les aliments en relation avec telle ou telle maladie deviendront le norme. Le message plus important sur les bienfaits d'un changement global d'alimentation restera en arrière-plan tant et aussi longtemps que nous prêterons attention à des détails relativement peu importants… Le rôle de la science au sein d'une société consiste à observer, à poser des questions, à formuler et tester des hypothèses, et à interpréter les conclusions sans manifester de parti pris ni se plier aux désirs supposément perçus de la population. Les consommateurs ont le choix ultime d'intégrer ou non nos conclusions à leur mode de vie, mais il est de notre devoir de leur fournir la meilleure information possible pour qu'ils soient en mesure de prendre eux-mêmes cette décision, et non pas que nous décidions à leur place. Ce sont eux qui ont payé cette recherche et c'est à eux seuls que revient le droit d’en disposer comme bon leur semble... L'approche qui consiste à enquêter sur des détails sortis de leur contexte, ce que j'appelle le réductionnisme, et à tenter de faire des liens complexes d'après ces résultats est très risquée. Elle cause encore plus de dommages que la mauvaise conduite de la petite minorité de scientifiques… Malheureusement, cette manière tordue de faire enquête dans le domaine de la nutrition est devenue la norme. Du coup, partout dans le monde, les scientifiques consciencieux, bien intentionnés et à qui le travail ne fait pas peur sont contraints d'établir des jugements touchant l'ensemble des effets des aliments sur la base d'études visant étroitement des nutriments pris isolément. Le plus grand danger réside dans le fait que la science réductionniste, à l'écart d'un contexte plus large, est désormais perçue comme la référence absolue. Je connais bien des chercheurs qui seraient prêts à affirmer que la "bonne" science, c'est ça…
Combien de milliards de dollars faudra-t-il dépenser encore avant que nous comprenions les limites de la recherche réductionniste? Les recherches scientifiques concernant les effets des nutriments isolés sur des maladies complexes ne signifient rien, ou presque, quand le principal effet alimentaire résulte de la consommation d'une extraordinaire variété de nutriments et d'autres substances contenus dans les aliments complets... LA "SCIENCE" DE L'INDUSTRIE [p. 361-379] A quoi chaque Américain consacre-t-il son argent plusieurs fois par jour? A manger. Et après avoir fait cela toute sa vie, que se passera-t-il? Il mourra, comme nous tous. La mort est un processus associé à de grandes dépenses, car nous essayons de la repousser aussi longtemps que possible. Comme nous mangeons tous et que nous sommes tous mortels, il y a donc beaucoup d'argent à dépenser et à gagner dans ces deux domaines. C'est pourquoi les industries de la santé et de l'alimentation aux États-Unis figurent parmi les organisations les plus influentes du monde. Les revenus générés par celles-ci sont stupéfiants. De nombreuses industries alimentaires ont des revenus annuels de plus de dix milliards de dollars. Kraft a des revenus annuels d'environ trente milliards. Le groupe Danone, une compagnie internationale de produits laitiers basée en France et qui possède la filiale Dannon, a des revenus annuels de quinze milliards. Et, bien sûr, il y a les très grosses chaînes de restauration comme McDonald's, qui a des revenus annuels de plus de quinze milliards, et Wendy's, qui a des revenus de plus de trois milliards. Les dépenses totales en nourriture, incluant la nourriture achetée par les individus, le gouvernement et les entreprises, dépassent sept cents milliards de dollars par année. Pfizer, l'énorme compagnie de produits pharmaceutiques, a eu des revenus de trente-deux milliards de dollars en 2002, et Eli Lilly and Company a récolté plus de onze milliards. Quant à Johnson and Johnson, la vente de ses produits lui a rapporté plus de trente-six milliards de dollars. Il n'est pas exagéré d'affirmer que plus d'un billion de dollars servent chaque année aux États-Unis à l'achat de ce que nous mangeons et aux moyens que nous choisissons pour traiter les maladies et promouvoir la santé. Et nombreux sont les acteurs en place qui jouent des coudes pour que ces dollars tombent dans leurs poches. De plus, chaque compagnie fait, bien sûr, tout son possible pour vendre davantage de produits. Et il y a aussi des groupes industriels qui oeuvrent en vue de faire augmenter la demande générale de leurs produits… Ce faisant, la science de la nutrition devient une "affaire" de marketing… De puissants groupes L’industrie des produits laitiers…est particulièrement puissante aux Etats-Unis... Cette industrie met le système public d'éducation à contribution comme principal moyen d'augmenter la demande en produits laitiers. Voici ce que rapporte le rapport annuel de 2001 de Dairy Management Inc. : "Rejoindre les enfants constitue la meilleure façon d'augmenter la consommation du lait à long terme. C'est pourquoi nous poursuivons nos programmes de commercialisation du lait dans les écoles comme moyen, parmi d'autres, d'augmenter la consommation du lait chez les enfants."… Les États-Unis sont en train de remettre l'éducation des enfants sur la nutrition et la santé entre les mains de l'industrie laitière. En plus des omniprésentes leçons en nutrition et des trousses "éducatives", l'industrie fournit des vidéos, des affiches et des guides d'enseignement sur la nutrition aux écoles secondaires. Elle offre des rabais dans les cafétérias pour augmenter la consommation de lait dans des milliers d'écoles. Elle distribue de l'information aux directeurs d'écoles présents à des conférences nationales. Elle mène des campagnes de promotion de la rentrée des classes dans plus de 20 000 écoles, ainsi que des programmes sportifs visant les jeunes. Devrions-nous nous inquiéter de la situation? Oui... Il est clair que ni les enfants ni les parents ne sont instruits des liens établis entre le lait et le diabète de type 1, le cancer de la prostate, l'ostéoporose, la sclérose en plaques et d'autres maladies auto-immunes, et de la manière dont la caséine, la principale protéine des produits laitiers, déclenche le cancer et fait augmenter le cholestérol et la plaque artérielle, comme les expériences le prouvent... La science de l'industrie L'influence du monde du commerce sur la recherche universitaire peut adopter bien des formes, de l'abus flagrant de pouvoir personnel aux conflits d'intérêts, tout cela étant bien sûr caché au public. Pas besoin que cette influence se manifeste par des pots-de-vin directs aux chercheurs pour qu'ils inventent des données. Cette sorte de manœuvre est rare. La manière la plus significative dont le monde du commerce exerce son influence sur la recherche universitaire est beaucoup plus raffinée et efficace. Ainsi que je l'ai illustré par l'exemple de l'ALC (acide linoléique conjugué), les scientifiques se pencheront sur un détail qui sera pris hors contexte et qui pourra servir à élaborer un message favorable que l'industrie exploitera à bon escient. Presque personne ne sait d'où l'hypothèse de l'ALC est partie et qui l'a subventionnée. Très peu de gens remettent en question une telle recherche si celle-ci est publiée dans les meilleures revues. Très peu de gens, surtout au sein du public, savent quelles études "bénéficient" de subventions directes des industries. Très peu de gens encore savent démêler les données techniques et reconnaître l'information manquante qui replace les choses dans leur contexte. Presque tout le monde, par contre, comprend les titres de journaux…
L'industrie adore la magouille Tout comme les universitaires, l'industrie joue un rôle essentiel dans le mécanisme réductionniste scientifique qui vise à miner les connaissances que nous détenons sur les rapports établis entre les maladies et les aliments. Comme vous le voyez, l'industrie aime magouiller. Assurer la sécurité de brevets sur des détails permet des affirmations dans les campagnes de marketing et, au bout du compte, plus de revenus encore… Cette foi en la magouille technologique, en la suprématie de l'homme sur la nature, est omniprésente. Elle ne se limite pas à l'industrie laitière, à l'industrie de la viande ni à l'industrie des aliments transformés. Elle est dorénavant partie intégrante de toutes les industries de la santé et des aliments aux États-Unis, des oranges aux tomates et des céréales aux suppléments vitaminiques… Les revendications de l'industrie des fruits La plupart d'entre nous se sont fait rebattre les oreilles à l'effet que les oranges sont une excellente source de vitamine C. Cette croyance n'est cependant que le résultat d'un marketing efficace... La plupart de nos impressions sur la vitamine C et les oranges émanent d'un mélange de conjectures et de suppositions qui tournent autour de preuves hors contexte. Quels sont ceux qui ont d'abord émis ces suppositions? Les marchands d'oranges. Ont-ils justifié leurs suppositions par des recherches sérieuses et approfondies? Bien sûr que non! Ces suppositions (présentées comme des faits) sonnaient-elles bien aux oreilles des spécialistes en marketing? Bien sûr que oui! Est-ce que je mangerais une orange pour avoir de la vitamine C? Non. Est-ce que je mangerais une orange parce que c'est un fruit sain qui contient tout un réseau complexe de substances chimiques qui offrent presque assurément des bienfaits pour la santé. Sans hésiter… Chaque année, de nouveaux produits sont présentés comme étant la clé d'une bonne santé. La situation est si critique que la section dite "santé" des boutiques d'alimentation est souvent plus encombrée de suppléments alimentaires et de préparations à base d'ingrédients magiques que d'aliments véritables. Ne vous laissez pas prendre: la section la plus saine de n'importe quel magasin est celle où sont vendus les fruits et les légumes. Mais le pire de tout, c'est que l'industrie maquille les preuves scientifiques même lorsque son produit a été associé à de sérieux problèmes de santé. Comme les enfants sont la cible la plus convoitée du marketing, le gouvernement américain a légiféré pour empêcher les compagnies de tabac et d'alcool de vendre leurs produits aux enfants. Pourquoi n'en est-il pas de même pour les aliments? Même si nous savons que la nourriture joue un rôle majeur dans de nombreuses maladies chroniques, nous laissons impunément les industries alimentaires commercialiser leurs produits directement aux enfants et se servir du système scolaire, subventionné par les contribuables, pour le faire. Le fardeau à long terme de notre manquement à court terme est incommensurable. LE GOUVERNEMENT EST-IL AU SERVICE DE LA POPULATION? [p.381-398] Au cours des vingt ou trente dernières années, nous avons acquis de solides preuves qui nous permettent d'affirmer que la plupart des maladies chroniques aux États-Unis peuvent être en partie attribuées à une mauvaise alimentation. Des comités d'experts gouvernementaux l'ont dit, le responsable fédéral de la santé publique l'a dit, et les scientifiques l'ont dit. Plus de gens meurent d'une mauvaise alimentation que du tabagisme, des accidents ou de tout autre mode de vie ou facteur environnemental. Nous savons que l'obésité et le diabète montent actuellement en flèche et que la santé des Américains périclite. Nous savons aussi que la faute en revient à l'alimentation. Alors, la question suivante se pose: Le gouvernement ne devrait-il pas aider les Américains à mieux se nourrir? Il ne pourrait mieux faire que de prévenir les souffrances en demandant sans équivoque aux Américains de manger moins de produits de source animale et hautement raffinés, et plus d'aliments entiers d'origine végétale. Il s'agit là d'un message fondé sur des preuves scientifiques, message que le gouvernement pourrait faire passer haut et fort, ainsi qu'il l'a fait pour ce qui est de la cigarette. La cigarette tue et une mauvaise alimentation aussi. Mais au lieu de faire passer ce message, le gouvernement nous dit que les produits d'origine animale, à l'instar des produits laitiers et de la viande, du sucre raffiné et du gras, sont bons pour la santé! Le gouvernement fait l'aveugle devant la preuve scientifique et les millions d'Américains qui souffrent de maladies associées à l'alimentation... Les protéines Le chiffre le plus choquant est celui qui se rapporte aux protéines. Dans les faits, seulement 5 à 6 % de protéines sont nécessaires pour remplacer celles qui sont rejetées régulièrement par le corps sous forme d'acides aminés. Cependant, au cours des cinquante dernières années, une quantité de 9 à 10 % a été recommandée pour s'assurer que la plupart des gens aient leur quota minimal de 5 à 6 %. Cette recommandation de 9 à 10 % correspond à l'apport quotidien recommandé (AQR) bien connu... Il est extrêmement curieux que les nouvelles recommandations, émanant du gouvernement en 2002, avancent que nous devrions pouvoir consommer des protéines jusqu'à l'extraordinaire taux de 35 % pour minimiser les maladies chroniques comme le cancer et les maladies cardiaques. Il s'agit d'une mascarade incroyable, étant donné les preuves scientifiques existantes. Les preuves que j'avance dans ce livre indiquent qu'une augmentation de la consommation de protéines de 10 à 20 % est associée à une vaste gamme de problèmes de santé, surtout lorsque la plus grande partie de ces protéines est d'origine animale. Ainsi que je l'ai souligné plus haut dans cet ouvrage, les régimes alimentaires comportant davantage de protéines d'origine animale se traduisent par un taux de cholestérol plus élevé, un risque plus grand d'athérosclérose, de cancer, d'ostéoporose, de maladie d'Alzheimer et de calculs rénaux, pour ne nommer que quelques-unes des maladies chroniques que le comité du FNB choisit d'ignorer pour une raison mystérieuse... L’influence de l’industrie Mais la question de savoir comment l'industrie se crée une telle force d'influence demeure sans réponse. En général, l'industrie consulte quelques personnages connus du milieu universitaire, personnages qui prennent ensuite les rênes des lignes de conduite en dehors de ce milieu. Mais ces experts-conseils continuent aussi de porter leur chapeau d'académiciens. Ils organisent des symposiums et des séminaires, ils rédigent des revues commanditées, président des groupes établissant des politiques, ou deviennent membres de sociétés professionnelles-clés. Ils s'acheminent vers des postes de direction, dans les organisations scientifiques qui établissent des politiques fort importantes et de la publicité pour les médias. Une fois qu'ils occupent ces postes, ces gens peuvent à loisir former les équipes désirées; ils choisissent les membres de comités, les orateurs de symposiums, le personnel de gestion, etc. Les personnes les plus utiles à l'équipe sont soit des collègues ayant les mêmes idées, soit des collègues complètement inconscients de ce qui se passe. C'est ce qu'on appelle de la magouille. Et ça fonctionne ! … Tout le système d'élaboration de l'information sur la nutrition, ainsi que je l'ai observé alors que j'étais président du Comité de l'information publique sur la nutrition…, a été infiltré et est mené par des industries qui disposent de ressources pour le faire puisque c'est dans leur intérêt. Ce sont ces industries qui mènent le bal. Elles "achètent" quelques malhonnêtes universitaires qui occupent des postes de pouvoir et qui exercent une influence considérable, aussi bien dans le milieu universitaire que gouvernemental... Il vaudrait mieux que ces associations avec le monde de l'industrie soient publiquement divulguées et que tout le monde connaisse la portée de chacune d'elles. Il en va de l'intérêt de tous que tout soit divulgué et transparent. Nous ne devrions pas aller devant les tribunaux pour découvrir ces associations. Un recul magistral N'allez pas penser que ce rapport du FNB ne fait que l'objet de nouvelles qui durent cinq secondes pour ensuite se retrouver dans la poussière des filières de Washington. Je peux vous assurer que des dizaines de millions de gens sont directement touchés par les données de ce rapport. Selon le résumé du rapport lui-même, les niveaux recommandés de consommation de nutriments décidés par ce comité servent de fondement à l'étiquetage des aliments, à la pyramide alimentaire et à d'autres programmes éducatifs en nutrition. Ils servent à déterminer les types et les quantités d'aliments:
On peut affirmer sans exagérer que les aliments fournis par ces programmes gouvernementaux nourrissent au moins 35 millions d'Américains par mois… La majeure partie des sommes attribuées à la nutrition et à la prévention n'a rien à voir avec la nutrition et la prévention, ainsi que je l'ai expliqué dans ce livre. Nous n'entendrons pas parler de recherches intéressantes sur les divers régimes alimentaires, pas plus qu'aucun effort se sera consenti pour apprendre au public en quoi l'alimentation affecte la santé. En lieu et place, les sommes allouées pour la prévention et la nutrition serviront à mettre au point des médicaments et des suppléments alimentaires... L'argent des contribuables américains sert donc à faire prospérer davantage l'industrie pharmaceutique. On pourrait objecter que c'est pour le bien et la santé du public. En réalité, cette recherche massive sur les médicaments, les gènes, les dispositifs et la technologie ne guérira jamais les maladies chroniques. Ces dernières sont le résultat d'une mauvaise alimentation, et aucune substance chimique isolée ne pourra jamais se substituer à une alimentation saine... J'en suis venu à la conclusion que lorsqu'il est question de santé, le gouvernement n'est pas du côté du peuple; il est plutôt du côté des industries alimentaires et pharmaceutiques, au grand détriment du peuple. Il s'agit d'un problème systémique où l'industrie, les universitaires et le gouvernement joignent leurs forces pour déterminer la santé de ce pays, les États-Unis. L'industrie fournit les fonds pour la production de rapports sur la santé, et les universitaires en relation avec l'industrie jouent un rôle-clé dans la rédaction de ces rapports. Il y a recoupement entre les emplois au gouvernement et dans l'industrie. Et les subventions gouvernementales pour la recherche sont attribuées à la mise au point de médicaments et de dispositifs, non à l'alimentation saine. Il s'agit d'un système érigé par des gens qui jouent leur rôle chacun de leur côté et qui, souvent, ne sont pas conscients des décideurs au sommet de l'échelle ni des motivations de ces derniers. Le système conduit à un gaspillage de l'argent des contribuables et à de grands dommages sur le plan de leur santé. LA MÉDECINE AVEC UN GRAND M PROTÈGE LA SANTÉ DE QUI? [p. 399- 415] A quand remonte la dernière fois où vous êtes allé consulter votre médecin et qu'il ou elle vous a dit quoi manger et ne pas manger? Je parie que cela ne vous est jamais arrivé. Pourtant, la majorité des Américains seront atteints d'une des maladies chroniques de prospérité... Et comme vous avez pu le constater, de nombreuses recherches ont été publiées, laissant entendre que ces maladies sont le résultat d'une mauvaise alimentation, pas de mauvais gènes ni du mauvais sort. Alors, pourquoi le système médical ne prend-il pas l'alimentation et la nutrition au sérieux? À cause de ces quatre éléments: l'argent, l'ego, le pouvoir et le contrôle. Certes, il ne serait pas juste de généraliser, mais on peut à tout le moins affirmer que le système au sein duquel les médecins œuvrent, ce système qui doit actuellement voir à la santé des Américains, est en train de nous faire faux bond. Personne ne le sait mieux que cette infime minorité de médecins qui traitent leurs patients en tenant compte de l'alimentation. Deux éminents médecins appartenant à cette minorité ont passé de nombreuses années à mettre l'accent sur le lien entre l'alimentation et la santé, aussi bien dans le cadre public de leur profession que dans le cadre privé de leur cabinet médical. Ils ont obtenu des résultats exceptionnellement impressionnants en ce qui concerne la santé de leurs patients. Ces deux médecins sont Caldwell B. Esselstyn Jr… et John McDougall... Le docteur Esselstyn a découvert que le seul fait d'affirmer que les patients peuvent avoir une mainmise sur leur propre santé pose un défi pour bien des médecins. Après tout, ces experts sont instruits en vue de dispenser la santé et la guérison. "Intellectuellement, cela leur pose tout un défi de penser que les patients peuvent s'occuper d'eux-mêmes avec davantage d'empressement et de sécurité, et qu'il s'agit là de quelque chose de durable." Au-delà de tous les gadgets, de toutes les technologies, les formations et les connaissances, rien n'est plus efficace que d'amener les patients à choisir le bon mode de vie. Mais Esselstyn est prompt à préciser que les médecins ne sont pas des gens malicieux engagés dans une conspiration… Les connaissances des médecins se limitent souvent aux traitements standards, soit aux pilules et aux procédures. "Qu'est-ce que la médecine du XXe siècle a à offrir? Des pilules et des procédures, non?" ... Manque de formation Le statu quo médical se fonde grandement sur les médicaments et la chirurgie, pas du tout sur l'alimentation et le mode de vie. Les médecins n'ont pratiquement aucune formation en nutrition, ni sur son rapport avec la santé. En 1985, le Conseil national de recherche des États-Unis a commandité un rapport d'experts qui se sont penchés sur la quantité et la qualité de la formation en nutrition dans les facultés de médecine. Les conclusions de ce comité d'experts ont été formelles: "Les programmes à cet effet sont tout à fait insuffisants pour répondre aux demandes actuelles et futures de la profession médicale."... Rien n'a changé depuis 1985, et jusqu'à aujourd'hui on continue d'écrire des articles soulignant le même manque de formation. La situation est grave, car non seulement la formation en nutrition est inadéquate, mais elle est presque inexistante. En 1985, le rapport du Conseil national de la recherche révéla que les médecins recevaient en moyenne vingt et une heures de formation en nutrition seulement au cours de leurs quatre années de formation. La majorité des facultés faisant l'objet de ce rapport donnait en réalité moins de vingt heures de formation en nutrition. Par comparaison, un étudiant qui se spécialise en nutrition à l'Université de Cornell recevra de 250 à 500 heures de formation, et les diététiciens en recevront plus de 500... Mais les choses vont plus loin encore! Lorsque la formation en nutrition établit le lien entre les maladies et l'alimentation, devinez qui fournit le matériel d'enseignement? L'Institut Dannon, le Conseil de nutrition des œufs, l'Association nationale des producteurs de bœufs, le Conseil national du lait, Nestlé Clinical Nutrition, les Laboratoires Wyeth-Ayerst, la compagnie Bristol-Myers Squibb, la corporation Baxter Healthcare, et bien d'autres. Toutes ces entités.. ont travaillé de concert en vue de mettre sur pied un programme de nutrition dans les facultés de médecine. Pensez-vous vraiment que cette équipe de producteurs d'aliments d'origine animale et de médicaments va objectivement mousser la meilleure nutrition possible, celle que la science révèle être une alimentation végétarienne constituée d'aliments complets, une alimentation qui minimise le besoin de médicaments? Ces gens ne vont-ils pas plutôt protéger l'alimentation occidentale axée sur la consommation de viande où les individus s'enfilent des pilules à la moindre alerte de maladie? … Vous ne devriez pas tenir pour acquis que votre médecin détient plus de connaissances sur l'alimentation et son rapport avec la santé que vos voisins et collègues de travail. Nous sommes confrontés ici à une situation où des médecins non formés en nutrition prescrivent à leurs patients diabétiques obèses du lait et des formules liquides à base de sucre pour remplacer leurs repas, une alimentation à haute teneur en viande et en gras aux patients qui désirent perdre du poids, et du lait aux patients qui souffrent d'ostéoporose. Les dommages qui peuvent être causés par l'ignorance des médecins au sujet de l'alimentation sont stupéfiants... Accro aux médicaments La formation médicale et les compagnies pharmaceutiques couchent ensemble depuis longtemps… De nombreux et éminents scientifiques ont émis des commentaires cinglants sur la corruption du système. Voici certains de ces commentaires:
Mais ce qui est encore plus dangereux que les résultats biaisés de recherche, c'est le fait que la seule recherche à être subventionnée et reconnue est celle qui vise les médicaments. La recherche sur les causes des maladies et sur les interventions ne faisant pas appel aux médicaments n'existe tout simplement pas dans le milieu de la formation médicale. Par exemple, un chercheur universitaire fera tout pour trouver une pilule qui traitera le symptôme de l'obésité, mais il ne consacrera ni temps ni argent à enseigner aux gens comment vivre plus sainement… Dans cette situation, est-il possible de considérer l'alimentation et la nutrition avec justesse et honnêteté? Bien que les maladies tueuses puissent être prévenues et même guéries par une bonne alimentation, entendrez-vous jamais votre médecin vous le dire? Non, pas tant que cette situation durera dans les facultés de médecine et les hôpitaux. Pas tant que votre médecin n'aura pas conclu que la pratique médicale telle qu'elle est enseignée ne fonctionne pas et qu'il n'aura pas décidé de prendre le temps de se former dans le domaine de la nutrition et de l'alimentation. Et les personnes qui arrivent à le faire sont rares. L’HISTOIRE SE RÉPÈTE [p. 426-434] Il y a environ 2 500 ans, Platon a écrit un dialogue entre deux personnages, Socrate et Glaucon, au cours duquel ces derniers s’entretiennent de l’avenir de leur cité. Socrate affirme que "la cité devrait être simple et que ses citoyens devraient se nourrir d’orge et de blé, accompagnés de sel, d’olives, de fromage et d’une quantité d’oignons et de chou bouillis, suivis de desserts constitués de figues, de pois, de haricots, de baies de myrte grillées et de noix de hêtre, ainsi que d’un peu de vin". Selon lui, "les citoyens pourraient couler des jours heureux, tranquilles et en santé, et s’acheminer ainsi vers un âge avancé"… Comment avons-nous pu oublier les leçons du passé? Comment avons-nous pu oublier que les meilleurs athlètes des olympiades de la Grèce antique devaient avoir une alimentation végétarienne, et craindre actuellement que les végétariens ne consomment pas assez de protéines? Comment avons-nous fait pour arriver au point où les guérisseurs de notre temps -les médecins - ne savent presque rien de la nutrition, où les institutions médicales dénigrent la nutrition, où l'usage des médicaments et des soins hospitaliers est la troisième cause de mortalité? Comment avons-nous fait pour arriver au point où le fait de prôner une alimentation végétarienne peut ruiner une carrière et où les scientifiques passent plus de temps à maîtriser la nature qu'à la respecter? Comment avons-nous fait pour arriver au point où les compagnies qui profitent de nos maladies sont celles qui nous disent ce que nous devons faire pour être en santé, où les compagnies qui profitent de nos choix alimentaires sont celles qui nous disent quoi manger, où l'argent durement gagné par les contribuables est dépensé par le gouvernement pour bonifier les profits de l'industrie pharmaceutique, et où la méfiance cède le pas à la confiance quand il est question des politiques gouvernementales sur les aliments, les médicaments et la santé? Comment avons-nous fait pour arriver au point où les Américains sont si confus quant à ce qui est sain que, dorénavant, ils s'en foutent?... Au grand péril d'ignorer les avertissements de Platon et ceux d'autres érudits, l'Amérique a, comme le dit Sénèque, "anticipé la mort". La famine, l'insalubrité et les maladies contagieuses, autant de symboles de l'appauvrissement, ont été grandement minimisées dans le monde occidental. Actuellement, c'est la course à l'excès, et certains des pays jusqu'ici moins développés pressent le pas pour nous rattraper. Jamais auparavant tant de gens ne sont décédés de maladies de prospérité... Jamais auparavant autant de gens n'ont souffert d'obésité et de diabète. Jamais auparavant le fardeau financier des soins de santé n'a autant pesé sur chacun des secteurs de notre société, du monde des entreprises à l'éducation et du gouvernement aux familles ne disposant d'aucune couverture sociale... Jamais auparavant n'avons-nous abîmé notre milieu naturel à un point tel que nous perdons les terres arables, les nappes d'eau nord-américaines et les forêts pluviales... Jamais auparavant, nous n'avons introduit à une si vaste échelle dans l'environnement autant de variétés de plantes génétiquement modifiées sans en connaître les répercussions. Tous ces changements dans notre milieu ambiant découlent fortement de ce que nous choisissons de manger... Jamais auparavant il n'y eut autant de recherches empiriques en faveur des aliments complets et des régimes végétariens… Les comparaisons établies entre un grand nombre de pays permettent de conclure que les populations qui ont une alimentation végétarienne ont beaucoup moins de maladies cardiaques. Et les études menées sur des individus vivant au sein de certains peuples montrent que ceux qui se nourrissent ainsi ont non seulement moins de cholestérol, mais aussi moins de maladies cardiaques. Nous détenons toute une gamme de preuves indiquant qu'une alimentation végétarienne faite d'aliments complets est meilleure pour le cœur. Jamais auparavant nous n'avons eu une telle compréhension approfondie de l'incidence de l'alimentation sur le cancer, tant sur le plan cellulaire que dans la population. Les données déjà publiées indiquent que les protéines animales stimulent la croissance des tumeurs. Jamais auparavant nous n'avons disposé d'autant de technologies pour mesurer les biomarqueurs associés au diabète ni d'autant de preuves indiquant que les taux de sucre, de cholestérol et d'insuline dans le sang s'améliorent plus avec un régime alimentaire végétarien composé d'aliments complets qu'avec tout autre traitement... Jamais auparavant nous n'avons disposé d'autant de preuves attestant que les régimes alimentaires comportant un excès de protéines animales peuvent détruire nos reins... Nous détenons maintenant tout un ensemble de preuves qui indiquent qu'une alimentation végétarienne composée d'aliments complets est ce qu'il y a de mieux pour nos reins, nos os, nos yeux et notre cerveau... Qui plus est, j'ai espoir en l'avenir parce que nous avons maintenant la capacité d'échanger des informations sur le plan national et international. Un plus grand pourcentage de la population mondiale est alphabétisé et une grande proportion de ces gens ont le luxe de pouvoir choisir ce qu'ils mangent parmi une grande variété d'aliments. Les gens peuvent être végétariens et manger des aliments variés, intéressants, succulents et pratiques. J'ai espoir, car les gens qui vivent dans les petites villes et les endroits autrefois isolés ont dorénavant accès à de l'information récente sur la santé, information qu'ils peuvent appliquer dans leur quotidien... L’histoire peut se répéter, mais cette fois le message ne sera pas oublié ni relégué sur les tablettes des bibliothèques, car je crois que le monde est enfin prêt à l'entendre. Plus que ça, je crois que le monde est enfin prêt à changer. Nous avons atteint un point de l'histoire où nos mauvaises habitudes ne peuvent plus être tolérées. En tant que société, nous sommes au bord d'un grand précipice: soit nous nous précipitons vers la maladie, la pauvreté et la dégradation, soit nous nous engageons sur le chemin de la santé, de la longévité et de l'abondance. Tout ce qu'il faut pour cela, c'est le courage de changer. Qu'adviendra-t-il de nos petits-enfants et de nos descendants dans cent ans? Seul le temps le dira. J'espère que l'histoire dont nous sommes les témoins et l'avenir qui est devant nous seront bénéfiques à tous. T.Collin Campbell et Thomas M. Campbell
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