Beaucoup d'exemples vous ont montré comment le Critique Intérieur utilise les jugements des autres pour son propre développement. Nous avons défini le Critique Intérieur comme étant cette partie qui vous blâme et vous juge vous-même, à l'intérieur; le Juge étant cette subpersonnalité qui condamne les autres ou cette partie des autres qui vous juge. En réalité, dans la vie, vous êtes fréquemment jugé par les autres et réciproquement. En fait, il est étonnant de constater à quel point la plupart des relations sont dominées par le jugement et l'autocritique!
Dans le chapitre sur les Attaques du Critique, nous avons analysé quelques types de jugements qui stimulent le Critique Intérieur. Dans ce chapitre, nous voulons explorer plus profondément le rôle du jugement dans les relations personnelles. Spécifiquement, nous souhaitons analyser ce qui arrive à l'enfant dans le système relationnel familial. Comment et pourquoi les parents forment-ils leurs jugements? Comment ces jugements se répercutent-ils chez les enfants? Dans le premier chapitre, nous avons présenté un résumé de certains principes de base que nous allons maintenant rappeler: ils sont importants pour comprendre les scénarios des interactions familiales.
Parties reniées et parties primaires
Vous vous souvenez que, dans le processus de croissance, il est tout naturel de s'identifier à des sub-personnalités qui, à la longue, définiront la personnalité. Ces parties sont principalement protectrices. Elles sont venues très tôt, pour réguler votre comportement. Vous étiez extrêmement vulnérable et très facilement blessé, donc elles vous protégeaient. Les parties primaires font de leur mieux pour vous sauvegarder. Elles ont la responsabilité fondamentale de prendre soin de vous.
Prenons l'exemple d'une petite fille qui grandit dans une famille chaotique où les émotions ne cessent de fluctuer: pour elle, il est essentiel de plaire aux gens. Comme beaucoup, en pareille circonstance, elle développe un Gentil en partie primaire. Ce Gentil est une partie très naturelle et très puissante qui l'aide de bien des manières. Elle a la conviction que, si elle est aimable avec les autres, ils seront aimables avec elle. Si elle est gentille avec les gens, ils seront heureux et le calme émotionnel règnera. Cela ne fonctionne pas tout le temps mais suffisamment souvent pour installer le Gentil en partie primaire.
En même temps, elle apprend, peut-être, à devenir très responsable et à prendre soin de ses parents, de ses frères et soeurs et/ou de ses amis. Etre très gentille et s'occuper des autres deviendra son mode de vie et déterminera son comportement dans toutes ses relations. Ce faisant, elle doit naturellement renier ses parties "non gentille" et "non responsable". Plaire et être responsable sont des attitudes qui permettent à beaucoup d'êtres humains de traverser l'enfance sains et saufs et, parfois même, agréablement; puis, la personnalité de l'adulte s'érige sur ce comportement.
Beaucoup de parties doivent être reniées pour que le Gentil puisse se développer; il y a, aujourd'hui, des auteurs et des enseignants qui nomment ce Gentil "un faux-moi". On peut faire le même genre de reproche à d'autres sub-personnalités qui furent une aide pendant la croissance comme, par exemple, cette sub-personnalité nourricière qui voudrait toujours prendre les autres en charge.
Nous n'aimons pas les appeler des parties fausses. Cette sorte de jugement ne fait que nourrir le Critique Intérieur. Ces sub-personnalités sont des parties primaires; des parties qui ont donné le meilleur d'elles-mêmes pour vous élever et prendre soin de vous. Elles sont prêtes à relâcher leur emprise sur vous si vous développez votre conscience et votre capacité à gérer votre vie d'une manière différente. Chaque partie primaire attend la naissance de l'Ego de Conscience afin de partir en semi retraite. Chacune fait le nécessaire, vous protégeant le mieux possible dans ce monde, jusqu'à ce que vous appreniez à le faire vous-même. Si plaire aux autres et les prendre en charge ne vous est plus une obligation, si vous pouvez supporter les conséquences d'un nouveau type de comportement, alors les plus anciennes des parties primaires peuvent se reposer et prendre des vacances bien méritées.
En ce sens, les parties primaires sont comme des parents; ils ont vieilli mais ils donnent toujours le même genre de conseils et ils contrôlent vos agissements comme lorsque vous étiez enfants. Les parents intérieurs sont comme les parents extérieurs. Lorsqu'ils sentent, finalement, qu'ils peuvent vous faire confiance, que vous êtes responsable et que vous vous conduisez convenablement, ils ont, alors, la possibilité de lâcher prise et de vous autoriser à vivre une vie indépendante. Lorsque ces parties primaires expriment leur opinion dans les conversations de Dialogue Intérieur, elles expliquent, généralement, que leur manière de fonctionner dans le monde est la plus sûre pour la personne : elles sont blessées si on les qualifie de fausses ou de non réelles. Ces expressions tendent, en réalité, à les rendre plus bornées, plus rigides dans leurs modes d'action et moins prêtes à relâcher leur contrôle.
Nous avons vu qu'à chaque partie primaire qui se développe correspond une partie opposée, égale en intensité et qui n'aura pas l'occasion de s'exprimer d'une manière normale. Ces parties reniées vivent plutôt dans l'inconscient mais elles font souvent surface, à des moments inattendus, au grand dam du système des parties primaires.
Ainsi, dans l'exemple que nous avons donné précédemment: vous développez un solide Gentil comme manière d'appréhender le monde et, en contrepartie, des tendances égoïstes vont se dissimuler et ne se montreront que rarement. Si vous vous assimilez à des parties fortes, combatives et puissantes, vous reniez votre vulnérabilité. Si, en grandissant, vous vous identifiez à un comportement aimable et protecteur, vos parties reniées seront agressives, acerbes et même malveillantes. Si l'introversion est, pour vous, une partie primaire, l'extraversion est rejetée. Nombre de ces paires d'opposés sont possibles.
On ne peut pas échapper au développement des parties reniées. C'est un processus totalement naturel et inévitable. Toutefois, ces parties reniées entraînent une série de conséquences que vous devez comprendre. Nous répétons ce que nous avons dit au chapitre 1: cette idée est à la base de la compréhension des interactions humaines. Vos parties primaires sont ce que vous croyez être. Si vous grandissez avec des parties primaires fortes et puissantes, vous croyez que vous êtes fort et puissant. Si vous êtes identifié à la sensibilité et aux sentiments, vous pensez que c'est ce que vous êtes. Vous ne réalisez pas que cette manière d'être spécifique est l'expression d'une sub-personnalité ou, plus certainement, d'un groupe de sub-personnalités. Lorsque vous utilisez le mot "Je", vous parlez, en réalité, de vos parties primaires, mais vous ne le savez pas.
Maintenant, nous arrivons au point essentiel pour comprendre comment les sub-personnalités, et le Critique en particulier, interviennent dans les relations. Ce que vous reniez en vous-même est exactement reflété par la personnalité des êtres qui viennent à vous dans les relations. Ce que vous reniez en vous, vous le trouvez chez les autres et vous ressentez, à leur égard, un très fort jugement ou une très forte attirance. Nous sommes tous, dans une certaine mesure, les reflets des parties reniées des uns et des autres; en conséquence, il est inévitable d'être beaucoup jugé. Nous le disions dans "Les Relations Source de Croissance ", chaque partie reniée est un petit missile à tête chercheuse, envoyé par Dieu et qui tente de vous rejoindre!
Vous haïssez et jugez, dans le monde extérieur, ce que vous bannissez en vous, sans en avoir la moindre idée. L'opposé est également vrai. Vos attirances et vos fascinations pour des choses ou des êtres ont tendance à représenter vos parties reniées. Dans ce livre où nous nous occupons du développement du Critique, nous mettons l'accent sur le jugement, plus que sur l'attirance.
Lorsque vous portez des jugements, basés sur vos parties reniées, vous vous sentez vertueusement correct. A partir de cette impression de bon droit, vous pouvez justifier presque n'importe quelle action ou sentiment, à l'égard d'autrui. Pour faire la différence entre juger et discerner, on peut observer si l'on se sent irréprochable ou non. Lorsque vous jugez, vous vous sentez parfait et sans défaut. Lorsque vous discernez, vous êtes objectif.
Analysons un exemple de ce type de jugement. Jeanne est allée à une soirée avec son mari. Elle a 35 ans, trois enfants et tient principalement ce rôle de Mère Responsable envers ses enfants, son mari et ses amis. A cette soirée, se trouve aussi une femme de son âge qui a bu considérablement et flirte outrageusement avec un grand nombre d'hommes. Pour compléter la scène, elle est habillée d'une manière sexy, avec un profond décolleté. Jeanne dit à son mari: "C'est le spectacle le plus dégoûtant que j'aie jamais vu !" Voilà un authentique jugement. Dans sa vie, Jeanne a renié son énergie sensuelle. Flirter n'est pas permis. Son Critique fait toujours écho aux jugements de ses parents, haut et fort, même si elle n'en a pas conscience. Toute petite, Jeanne fut réprimandée lorsqu'elle se montrait sensuelle; aujourd'hui, les jugements continuent, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Jeanne doit être correcte. Si elle rencontre une personne très ouverte, séductrice et peu décente, ses parties primaires entrent en action et jugent la conduite de l'autre personne. Plus les parties reniées sont fortes, plus le jugement est fort.
Yvonne se trouve à la même soirée, avec son mari. Elle voit la même femme mais elle ne se sent ni menacée, ni fâchée, ni fascinée par elle. Elle constate que cette femme se conduit de manière inappropriée. Elle n'a pas de désir particulier de faire sa connaissance mais elle n'a pas, non plus, de forte réaction émotionnelle à son égard. Yvonne est en contact avec sa sensualité, avec cette partie d'elle-même qui peut se montrer excessive et qui aime flirter; tout cela n'est donc pas un problème pour elle. Aucune partie reniée n'étant à l'oeuvre, elle est capable de discernement à propos de cette personne et de la situation.
Les jugements sont toujours soutenus par une sorte de vertu. Ils sont porteurs d'une forte charge émotionnelle, même s'ils ne sont pas prononcés; celui ou celle contre qui ils sont dirigés se sent toujours diminué, même lorsque le jugement est subtil. Le discernement n'est pas vertueux. Il est plus impersonnel et objectif: nulle raison de déprécier l'autre, d'aucune manière. Ce principe du jugement soutenu par les parties reniées est de la plus grande importance dans les relations, en général et dans les schémas familiaux, en particulier. Etudions quelques exemples montrant comment les parties reniées affectent le processus de croissance.
La Bonne Mère
La meilleure expression pour décrire Marie serait la "Bonne Mère". Elle est toujours disponible pour ses enfants, son mari et ses amis. En développant cette manière d'être, elle a pu survivre à une enfance très pénible. Ses parents n'avaient jamais de temps à lui consacrer et, lorsqu'elle était petite, ils étaient absents la plupart du temps. Elle était gardée par des nourrices qui changeaient constamment et elle se souvient que ces changements la terrifiaient. Elle se souvient également de la frayeur et de l'angoisse ressentie à l'idée que ses parents pourraient ne pas revenir, ils voulaient qu'elle soit résistante et se conduise en adulte. Ils ne connaissaient rien à la vulnérabilité et c'était bon pour eux qu'elle soit forte. Si elle pleurait ou se fâchait, ils se mettaient en colère. Ils lui disaient qu'elle était l'aînée, qu'ils souhaitaient la voir se conduire en grande personne et s'occuper de la maison pendant leur absence. Les pleurs et la vulnérabilité étaient source de souffrance : souffrance causée par leur désapprobation. En outre, lorsqu'elle pleurait, ses parents lui reprochaient d'être égoïste et de ne penser qu'à elle. Elle devait s'occuper de son frère et se montrer responsable pour lui. Etre égoïste était une faute grave.
À l'âge de 3 ou 4 ans, Marie avait déjà très bien appris ses leçons: elle prenait soin de son frère, des nurses et de ses parents. Elle devint la mère nourricière de tout son entourage et, peu à peu, elle renia en elle toute attitude ou toute impulsion pouvant être jugée égoïste. Ce faisant, elle géra l'angoisse et la peur de la petite fille vulnérable qu'elle était auparavant. En s'identifiant à un ensemble de parties primaires "donner et prendre soin", elle était en sécurité et avait sa place dans le monde - dans la mesure où l'on peut être en sécurité dans une famille aux relations difficiles. Ses parties reniées étaient la vulnérabilité et l'égoïsme qui lui aurait permis de prendre soin d'elle, d'abord. Sa vulnérabilité était totalement négligée: se consacrer aux autres était prioritaire. Elle ne s'occupait d'elle qu'après s'être occupée de tout le monde.
Marie eut une fille prénommée Elizabeth. Marie jugeait sa fille, même toute petite, égoïste. Selon Marie, Elizabeth semblait toujours se mettre en avant et, plus elle grandissait, plus cette attitude s'amplifiait. Elle prenait des choses dans l'armoire de sa mère et se servait dans sa boîte à bijoux, sans même lui en parler. Elle empruntait également des choses à son frère et à sa soeur. Elle ne participait jamais au travail de la maison et laissait du désordre partout où elle passait. Par tous les moyens concevables, elle s'opposait de plus en plus à sa mère et Marie ne comprenait pas ce qu'elle avait bien pu faire pour provoquer cela.
Pendant des années, Elizabeth entendit les jugements de sa mère: "Tu es égoïste! Tu ne penses qu'à toi! L'ennui, avec toi, c'est que tu ne penses à personne d'autre qu'à toi." Nous décrivons là une interaction familiale banale. Au départ, Elizabeth aurait pu être tout simplement une enfant vive, n'aimant pas partager ses jouets avec ses jeunes frères et soeurs. Mais Marie, considérant cette attitude inacceptable, jugeait Elizabeth égoïste. En général, un enfant respecte ce jugement et essaie de ne pas être égoïste ou bien, il se rebelle et s'oppose, de plus en plus, au parent critique. Elizabeth prit le chemin de la rébellion et, depuis ses plus jeunes années, lutta contre les exigences de sa mère qui voulait en faire une personne généreuse et dévouée, à son image. C'était une famille en guerre, avec deux armées opposées: la partie primaire de la mère (le côté qui donne) et la partie primaire de la fille (le côté qui prend).
Imaginez les effets, à long terme, des jugements de Marie sur le Critique Intérieur d'Elizabeth. Elle pourrait, en fin de compte, quitter la maison dans une grande crise de rébellion contre ses parents mais elle ne laisserait pas son Critique Intérieur derrière elle. Votre Critique Intérieur ne reste pas à la maison lorsque vous partez dans le grand et vaste monde pour échapper à une famille critique. Il vous suit sans arrêt, où que vous alliez - dans votre travail, votre mariage, vos amitiés et, finalement, dans votre manière d'élever vos enfants.
Nous avons tous des parties primaires et des parties reniées; il n'est donc pas possible d'éviter cette sorte d'interaction. Le jugement fait partie des relations humaines et, particulièrement, des relations parents enfants : les parties reniées sont dangereuses; elles doivent être tenues en échec!
L'égoïsme de sa fille semblait "démoniaque" à Marie. Si l'on juge une personne, on peut ressentir à son encontre une impression de "démoniaque" et lui attribuer cette caractéristique. Or, ce sentiment que Marie éprouvait à l'égard de sa fille fut repris par le noyau dur du Critique Intérieur d'Elizabeth, lui conférant ainsi, un pouvoir d'absolu jugement vis-à-vis d'elle-même. Pour guérir cette sorte de schéma familial banal, Marie doit être capable d'assumer son égoïsme, depuis longtemps ignoré et sa fille doit retrouver sa nature généreuse et dévouée, depuis longtemps reniée. Marie et Elizabeth seront des maîtres l'une pour l'autre, si elles peuvent dépasser le schéma "jugement et autocritique".
Le Père Tout-puissant
Jacques est un Père Tout-puissant. Au collège, il fut un athlète; adulte, il continue de s'intéresser à l'athlétisme. Il réussit brillamment comme homme d'affaires. Il prône le pouvoir, le succès et il aime, en particulier, "ceux qui s'en sortent" dans la vie. Son fils, Robert, est exactement à l'opposé. Les tentatives de Jacques pour faire de Robert un enfant sportif rencontrèrent résistance et peur. Jacques traitait son fils de poule mouillée, de bébé et de pleurnicheur. Robert était, en fait, un enfant très introverti, très sensible, aimant jouer seul et inventer des histoires. Les jugements constants de son père le poussèrent à s'identifier encore plus à ses parties primaires; il méprisa et rejeta l'échelle de valeurs de son père. Avec ses propres enfants, beaucoup plus tard, Robert se moquait des prouesses physiques. L'un de ses enfants prit la polarité opposée et devint un fanatique de sports: rien d'étonnant à cela. Ainsi fonctionnent les parties primaires et les parties reniées. Parfois, les jugements sont exprimés très ouvertement, ils peuvent aussi être gardés à l'intérieur: ce sont les jugements non-dits. Pour le Critique Intérieur, cela importe peu: les deux lui sont une excellente nourriture.
Le Critique Intérieur de Robert fut renforcé par les jugements sans fin de son père. Des années plus tard, devenu un procureur à succès, il ne se sent jamais tout à fait "bien dans sa peau". Il se compare constamment aux autres procureurs et aux autres membres de la profession. Il doute de lui-même et il est miné par des sentiments de non-valeur. Son épouse a beau lui apporter tout son soutien, son ressenti ne change pas. Robert, en tant que partie reniée de son père, souffre de toutes ces années de dénigrement. Il continuera d'être victime de son Critique Intérieur jusqu'à ce qu'il en prenne conscience et s'en différencie. Il pourra travailler, à l'infini, sa relation à son père, son Critique Intérieur demeurera intact, aussi longtemps que l'attention ne sera pas tournée vers l'intérieur.
Des parents nous demandent souvent: "Comment puis-je aider mon enfant?" Notre réponse est très simple. Changez vos priorités. Découvrez à quelle échelle de valeurs vous êtres identifié et prenez de la distance. Vous serez, ainsi, en position d'assumer vos parties reniées et vos enfants n'auront pas à les vivre pour vous!
L'identification avec le parent tout-puissant
Lorsqu'un enfant reflète la partie reniée du père, le résultat est cette sorte de polarisation dont nous venons de parler. Un enfant peut aussi s'identifier au parent tout-puissant et renier sa partie vulnérable et sensible, suivant ainsi, l'exemple du parent. Judith s'identifie à son père, un homme d'affaires qui a très bien réussi. La vulnérabilité n'est pas à son goût et il y a longtemps qu'il n'est plus en contact avec les énergies de la créativité et de l'âme. La mère de Judith manifestait cet aspect-là - c'est souvent le cas dans un mariage - la relation se termina par un divorce. Toute petite, Judith était très identifiée à sa mère. Plus tard, au lycée, des parties primaires de pouvoir et de réussite commencèrent à diriger sa personnalité. Soutenue par cette nouvelle personnalité, elle se mit à juger sa mère et la rejeta. Pour la mère, parler à Judith était comme parler à son ex-mari. Il y avait, dans la voix de Judith, la même vibration de jugement. La mère et la fille s'éloignèrent naturellement.
Judith et sa mère ont pris des directions opposées et elles reflètent les parties reniées l'une de l'autre. Dans le mariage, la mère n'a pas expérimenté des énergies impersonnelles et actives fortes et, maintenant, elle ne peut pas les supporter chez sa fille. S'appuyant sur une partie primaire qu'elle définirait douce et féminine, elle juge l'identification de Judith à son travail et lui dit qu'elle est exactement comme son père. Depuis ses parties primaires actives et impersonnelles, Judith voit la douceur fluide de sa mère et la juge inefficace dans le monde.
Tout au fond, le Critique Intérieur de la mère ne cesse de lui répéter qu'elle est trop douce, qu'elle n'est pas capable de travailler et qu'elle n'a aucun sens de l'argent. Le Critique de la fille blâme constamment celle-ci d'être trop dure, égoïste, exigeante et matérialiste. Leurs jugements mutuels sont si forts qu'il leur sera difficile de prendre conscience de leur Critique Intérieur et de ses agissements, à l'intérieur d'elles-mêmes. Le père n'est pas du tout conscient d'avoir un Critique Intérieur, ce qui est très commun aux personnes identifiées au pouvoir. Il se conforme à son ensemble de parties primaires de réussite et d'homme d'affaires puissant; depuis cette position, il s'instaure en juge de toute chose et de tout être non conforme aux exigences de ces sub-personnalités. Il adhère totalement à ce système et protège sa vulnérabilité en jugeant les autres, ainsi il n'entend pas son Critique le juger. Lorsqu'une personne de ce genre peut s'ouvrir à un dialogue intérieur, on peut être sûr que le Critique Intérieur est présent, prêt à être entendu. Nous aimerions donner à ces Critiques un nom spécial: ce sont des "Critiques en Attente". Généralement, seule une crise, telle une grave maladie, un divorce ou un drame professionnel majeur, peut faire découvrir la vulnérabilité des Critiques en Attente.
Marie, enfant chérie de son père
Marie grandit dans une famille où elle est l'enfant chérie de son père, un homme créatif, sensible et intelligent. Le mariage ne remplit pas les attentes de celui-ci. Il ne fait rien pour aborder ce sujet avec sa femme et, comme cela arrive souvent, il souhaite que sa fille réponde aux besoins de son coeur. La mère est une femme très pragmatique, très terre-à-terre; son époux et Marie sont, pour elle, des parties reniées.
Mais les années passent et le sujet devient plus sérieux: Marie et son père sont de plus en plus proches. La mère, qui éprouve des sentiments inconscients d'abandon et de privation, s'érige de plus en plus en juge de Marie. Elle l'attaque: Marie n'est qu'une rêveuse; elle ne joue pas, dehors, avec ses amis; elle n'est pas concentrée ... Elle critique tout ce qu'elle-même n'est pas. Elle ne s'occupe jamais du vrai problème: l'absence d'une relation profonde, dynamique et aimante avec son mari, auquel s'ajoute le rejet total de son âme et de son introversion.
La dynamique de cette famille atteindra Marie de différentes manières. Ici, nous nous concentrons sur le développement de son Critique Intérieur: il devient extrêmement puissant et tend à paralyser sa vie. Il ressemble beaucoup à la voix de sa mère. Marie la hait de la juger si durement. Elle admire son père, toujours positif et aimant. De notre position privilégiée, nous pouvons voir, toutefois, que le père, incapable d'aborder le thème de son mariage, pousse sa femme dans un environnement de froideur et aide ainsi à créer, chez elle, cette attitude lourdement critique. C'est, bien évidemment, une source de grande difficulté, pour un enfant, d'être tiraillé entre un parent aimant et un parent qui rejette.
On a beaucoup écrit et enseigné sur les violences physiques et les abus sexuels commis sur les enfants. Des années de jugements prononcés par les parents contre leurs enfants, miroirs de leurs propres parties reniées, constituent une autre forme de très grande violence que le Critique Intérieur perpétuera. Le cycle de la violence se poursuivra jusqu'à ce que l'on puisse se différencier du Critique Intérieur. Les Jugements / Critiques / Jugements peuvent tourner en cercle vicieux, sans fin.
Un enfant matérialiste dans une famille spirituelle
Martial grandit dans une famille aux valeurs hautement spirituelles. Son père réussit modérément dans la vie; son système de croyances met l'accent sur l'amour et le développement spirituel et non sur la réussite sociale. Martial est totalement à l'opposé. Il a toujours aimé l'argent et, plus il grandit, plus il devient matérialiste. Le père et la mère ne se sentent pas à l'aise avec cet aspect très développé chez leur fils, mais leur côté spirituel exige qu'ils ne portent pas de jugement: dans leur système de croyances, le jugement est à éviter. Le Critique Intérieur, nous le répétons, reprend ces jugements non-dits qui ont souvent beaucoup plus de force et d'autorité que les jugements exprimés.
Le Critique Intérieur de Martial se renforce, au fur et à mesure que celui-ci grandit. Il lui répète sans arrêt qu'il n'est pas sympathique, qu'il est trop matérialiste et qu'il n'a aucun sens social. Tous les morceaux qui se jouaient dans la tête de ses parents deviennent la symphonie du Critique Intérieur de Martial, adulte. Il pourra essayer très sérieusement de se distancer des critiques qu'il avait perçues chez ses parents et croire le problème résolu. Mais, sans comprendre la réalité intérieure, sans reconnaître la symphonie du Critique Intérieur, il demeurera la victime des mauvaises pensées qu'il avait fait naître chez ses parents.
Un enfant mystique dans une famille non spirituelle
Parmi les personnes ayant, aujourd'hui, une orientation très spirituelle, beaucoup furent élevées dans des familles qui ne s'intéressaient guère à la spiritualité. Victoria, une enfant très sensible, de nature mystique et psychiquement éveillée, découvrit très jeune qu'elle pouvait capter les pensées et les sentiments des autres personnes. Lorsqu'elle exprima cela à haute voix, à plusieurs reprises et en public, on lui interdit de recommencer. On lui dit de descendre sur la Terre et d'être comme les autres enfants. On l'emmena à des manifestations sportives et elle fut forcée de suivre toutes sortes de cours qui ne lui plaisaient pas.
Ses parents étaient, évidemment, terrifiés par ses capacités psychiques. Tout ce qui touchait aux rêves, au mystère et à l'intuition devait être réprimé chez leur fille: c'était le meilleur moyen de l'étouffer en eux-mêmes. C'est ainsi que des enfants grandissent en totale contradiction avec leur nature profonde. Victoria dû développer un système de parties primaires pouvant s'entendre avec celui de ses parents; sinon, ils l'auraient totalement rejetée. Sa nature, profondément psychique et spirituelle, fut refoulée et elle devint une personne "les pieds bien sur terre". Son Critique Intérieur la critiquait en permanence d'être trop rêveuse et pas assez concentrée: elle ne pouvait, même en s'efforçant, arrêter son imagination et ses rêveries. Naturellement, le Critique, voulant sa sécurité, devient le parent intérieur, lui rappelant sans cesse la nécessité d'être ici, sur la Terre, et non de vouloir s'en échapper tout le temps. Il se souvenait des souffrances de la petite fille perpétuellement jugée et, dans son souci de la protéger, il la critiquait encore plus durement que ne le faisaient ses parents.
L'impact du groupe auquel vous appartenez
Les professeurs des écoles que vous fréquentez influencent grandement le développement du Critique Intérieur. Dans les internats anglais, par exemple, le système de parties primaires des professeurs et des élèves exige de "garder la tête haute", d'être maître de soi, de ne pas pleurer et de ne pas se laisser aller à éprouver émotions ou sentiments. Lorsque ce système de parties primaires est adopté par les étudiants, le Critique Intérieur attaque ceux-ci dès qu'ils montrent ou, simplement, commencent à ressentir la moindre émotion. Les sentiments sont bannis et les étudiants en deviennent très vulnérables aux jugements de leurs camarades et des professeurs.
Dans une école privée, à l'éducation religieuse stricte, les parties primaires peuvent avoir des idées bien arrêtées sur le comportement, les pensées ou les sentiments qui sont appropriés ou non. Disons que s'il y existe une sorte de code d'honneur concernant la tricherie, le Critique Intérieur s'en emparera et attaquera toute pensée ou tout fantasme de fraude. Le Critique surveillera très activement que vous ne faites rien de mal dans ce domaine. Quelle que soit la notion du bien et du mal d'un système religieux, le Critique, avec ses jugements, s'assurera que vous agissez dans ce qui a été défini comme étant le bien.
L'organisation de la structure à laquelle vous vous rattachez, comme une église ou un club, a aussi son propre ensemble de règles. Les gens élevés dans un milieu fortement catholique, juif ou protestant ont intégré une série de commandements concernant la manière de vivre en ce monde. Les Protecteurs/Régisseurs les assimilent et les Critiques appliquent les règles. Quelqu'un aura peut-être totalement rejeté les valeurs de la religion de son enfance, son Critique Intérieur continuera souvent de se faire l'écho de ces enseignements. Les Individualistes qui vont jusqu'au bout de leur liberté, avec la plus grande désinvolture, peuvent être habités par de puissants Intégristes Intérieurs; sinon, ils n'auraient pas besoin d'adorer la liberté à ce point. La vraie liberté ne signifie pas faire ce que l'on veut, lorsqu'on le veut. La vraie liberté consiste à être capable d'accueillir le Conservateur Intérieur d'une part et l'Esprit Libertaire, d'autre part. La vraie liberté émerge de l'ardeur, de la force et de la puissance que confère le fait d'embrasser tous les opposés qui composent la psyché humaine.
Il est important de se souvenir que, dans toutes les relations personnelles, dans tous les rapports sociaux, vous avez affaire au système de parties primaires des autres. Si votre ensemble de parties primaires est en accord, il n'y a aucun problème manifeste. Vous pouvez vous identifier au système et renier ce que la personne ou le groupe renie. Lorsque vous manifestez la partie reniée de l'autre ou de l'organisation, vous devenez l'objet du jugement de cette personne ou de ce groupe. Ces jugements, à la longue, renforcent votre Critique Intérieur. Vous avez beau les combattre à l'extérieur, votre Critique Intérieur continue de grandir, à cause de son angoisse fondamentale: vous devez être accepté et agir correctement. Reconnaissez les jugements extérieurs et comprenez comment vous reflétez, constamment, les parties reniées des autres: ceci vous aidera à vous différencier des jugements et à sortir du dédale d'énergies négatives qui hantent tant de relations. Nous allons maintenant ajouter d'autres possibilités de gérer les réactions du Critique Intérieur, par rapport aux jugements des autres.
Rompre le pouvoir du " qu'en dira-t-on ? "
Votre Critique Intérieur est terrifié à l'idée que les autres vous jugent. II ne lui vient jamais à l'esprit que, peut-être, ils ne vous critiquent pas du tout. Depuis l'Ego de Conscience, vous pouvez décider de l'importance à accorder aux réactions des autres. Vous avez le choix. Il peut être important de prendre ces réactions en considération. Par exemple, nous (Hal et Sidra) pouvons décider de nous habiller plus formellement, si nous donnons une conférence à des professionnels de la côte Est et plus librement lorsque nous nous adressons à un public non défini de la Côte Ouest. Pour nous, c'est le moment d'écouter ce "qu'est-ce que les autres vont penser de nous? "…
Exercez-vous à choisir vous-même. Écoutez bien, la prochaine fois que votre Critique Intérieur dira: "Mais, qu'est-ce que les gens vont penser?" Faites attention et arrêtez-vous! De quoi votre Critique Intérieur a-t-il peur? Quelle est son angoisse? Qu'est-ce que les gens peuvent bien penser? Qu'arrivera-t-il s'ils ont, effectivement, ces pensées? Prenez un moment pour réfléchir: les réactions des autres sont-elles vraiment importantes, dans cette situation? Vous pouvez vous dire que, souvent, les gens s'en moquent, tout simplement. En général, ils sont bien assez occupés avec leur propre vie et leurs propres problèmes, Dieu merci !
Maintenant que vous avez étudié les réactions possibles des autres et leurs conséquences probables, considérez l'autre aspect important dans cette prise de décision: qu'est-ce que vous voulez? Quelle est, pour vous, la meilleure chose à faire dans cette situation? Qu'est-ce qui vous semble le plus approprié ou le plus naturel? Maintenant, faites un vrai choix qui inclut les deux catégories de considérations.
Et si cela n'avait vraiment pas d'importance?
La célèbre question du Critique: "Que vont penser les gens ?" est un fléau pour la plupart des gens; elle oblige à adopter des attitudes estimées acceptables et sûres. II importe d'être conscient des conséquences de son propre comportement vis-à-vis des autres mais, en ce domaine, le Critique est souvent un tyran absolu.
Et si vous vous mettiez à penser différemment: "Et si cela n'avait vraiment pas d'importance?" Vous pouvez même effectuer un "jeu de la vérité" en demandant, à l'autre personne, la place qu'elle accorde à telle ou telle chose. Catherine, par exemple, est une personne très responsable, très mère nourricière; elle estime de la plus haute importance que, chaque soir, sa famille mange un repas fait maison. Catherine travaille toute la journée et elle se donne beaucoup de mal pour préparer ces repas, surtout les soirs où elle aurait envie de faire autre chose. Elle n'a jamais posé la question à son mari ni à ses enfants. Son Critique Intérieur l'attaque sans merci, si jamais elle veut passer un soir. Un jour, elle demanda aux membres de sa famille ce qu'ils pensaient vraiment des repas faits maison tous les soirs. Elle fut bien étonnée: ils ont suggéré que ce serait amusant pour tout le monde d'aller quelquefois dans un restaurant bon marché et sympathique; ainsi, elle aurait un peu de repos et ils mangeraient quelque chose de différent. Comme Catherine, vous êtes nombreux à croire qu'une chose importante pour vous - ou pour vos parties primaires - l'est également pour les autres. Pourquoi ne pas vérifier en posant la question ? Vous serez, peut-être, surpris du nombre de fois où "ça n'a pas d'importance".
Maintenant, essayez encore quelque chose de nouveau. Pensez à la liberté que vous auriez sans l'injonction: "Qu'est-ce que les gens vont penser?" Prenez une feuille de papier vierge, utilisez une couleur qui vous est inhabituelle (rouge ou violet, peut-être) et écrivez: "Si vraiment ça n'a d'importance pour personne, je... ". Jouez simplement avec cette idée. Il ne s'agit pas d'un programme pour transformer votre vie! C'est simplement une occasion de vous amuser avec des idées nouvelles; est-ce que les choses seraient différentes sans cette préoccupation: quel impact ont mes actions sur les autres et quelles en sont les répercussions sur mes relations?
• Comment votre Critique Intérieur tente-t-il de s'adapter aux autres?
- En grandissant, vous avez probablement dû vous comporter d'une certaine manière, pour plaire à vos parents et à vos frères et soeurs. Qu'avez-vous été obligé de faire, pour leur plaire?
- Quels comportements exigeaient-ils de vous?
- Avez-vous fait ce qu'ils voulaient ou vous êtes-vous rebellé?
- Avez-vous eu un rôle prédéterminé dans votre famille? En quoi était-il différent du rôle de vos frères et sœurs ?
- Comment votre Critique Intérieur s'est-il renforcé avec les jugements de vos proches?
- Avez-vous l'impression que vous auriez pu manifester une partie reniée de vos parents (ou d'un parent) ?
- Quels professeurs vous mettaient mal à l'aise avec leurs jugements? Lesquels vous ont fait du bien en ne vous jugeant pas? Qu'est-ce qui vous mettait mal à l'aise?
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