Le Monde réel
La vision intégrale émergente de la réalité présente un monde-entier magnifiquement et intelligemment conçu pour permettre à la conscience de s'explorer elle-même à plusieurs niveaux d'expérience. Cette conception révolutionnaire naît cependant à un moment où nous nous trouvons collectivement au bord de l'abysse. Nos choix présents détermineront lequel de deux résultats globaux s'ensuivra pour l'humanité et pour la vie sur la Terre : effondrement ou avancement.
- Nous nous éveillons au fait que nous sommes partie intégrante du monde-entier.
- Nous reconnaissons que nous n'avons plus besoin des autorités religieuses pour savoir comment nous connecter au Cosmos.
- Contrairement aux initiés du passé, très peu d'entre nous peuvent ou veulent se couper du monde, ni d'ailleurs en ont besoin. Le changement de conscience déjà en cours nous permet de manifester à la fois l'extraordinaire et l'ordinaire dans notre vie quotidienne.
En poursuivant notre exploration, nous considérerons dans cette troisième et dernière partie de CosMos ce que ce changement signifie pour nous personnellement et collectivement dans nos relations avec nous-mêmes, avec les autres, avec la Terre et avec le monde-entier...
L'amorce de la transformation
La plupart d'entre nous, quand ils étaient très jeunes, demandaient constamment à quiconque les écoutait - particulièrement leur mère - pourquoi le monde était ce qu'il était. La question du comment était presque aussi fréquente, même si nous savions, comme tous les enfants, que la question du pourquoi était au fond la plus importante et que sa réponse était davantage nécessaire à notre bien-être...
Chacun de nous est un microcosme du Cosmos. Dans leur langage symbolique, les anciens gardiens de la sagesse décrivaient chaque être humain comme "une étincelle du feu divin" ou "une gouttelette de l'océan cosmique". Pour les Anciens, qui percevaient l'universalité des cycles cosmiques, ceux-ci, selon leur vision du monde, se répétaient éternellement. Aujourd'hui toutefois, nous concevons collectivement ces cycles plutôt comme les spirales créatrices d'un processus évolutif se déroulant partout dans le Cosmos.
Alors que nous arrivons à un moment de crise globale sans précédent - l'ancien glyphe chinois qui exprime à la fois le risque et l'occasion - , la réalisation de la seconde possibilité requiert l'accomplissement de notre potentiel pour qu'ait lieu un saut de conscience évolutif. On appelle généralement ce saut "la Transformation".
Cocréateurs conscients
Pour prendre notre place en tant que cocréateurs de plus en plus conscients, il nous faut assumer notre capacité de faire des choix. Les scientifiques et les philosophes sont toujours aux prises avec la question de savoir si les êtres humains disposent réellement du libre arbitre. Ils demandent: "La croyance que nous sommes libres d'effectuer nos choix dans la vie est-elle illusoire? Serions-nous plutôt des automates jouant une pièce prédestinée?" Nous avons négligé jusqu'ici cette question fondamentale parce que sa réponse ne peut surgir que dans le contexte du monde-entier et des multiples niveaux par lesquels celui-ci est constamment cocréé.
Vers la fin des années quatre-vingt, Benjamin Libet a effectué une expérience qui a souvent été interprétée par des neuroscientifiques comme une indication que nous ne disposons pas du libre arbitre. En un simple test, il demanda à des volontaires de plier un doigt au moment précis où ils décideraient de le faire et il observa ensuite les ondes de leur cerveau. Tel que prévu, il y eut un court laps de temps entre le schème du cerveau, qui montra leur décision, et l'acte lui-même, le temps que le système neuromusculaire réagisse à l'intention consciente. Ce qui fut tout à fait inattendu, cependant, c'est que leur cerveau affichait une activité neurale environ un tiers de seconde avant leur décision consciente de plier leur doigt.
Si l'intention, qui doit être intrinsèque au libre arbitre, n'apparaît pas dans notre esprit ou ego conscient, tout notre comportement est-il alors déterminé - et donc prédestiné - par des processus échappant à notre contrôle conscient, comme le suggèrent Libet et d'autres scientifiques?
Comme nous l'avons vu précédemment, la cocréativité des choix s'effectue à plusieurs niveaux de conscience partout dans le Cosmos intégral. Alors que nous étendons notre perception au-delà des limites de notre conscience égotique et que nous nous harmonisons avec les niveaux supérieurs de la conscience, nous sommes aptes à mieux comprendre l'origine et la signification de nos choix personnels et collectifs ainsi que leurs implications.
Notre héritage physique ne provient pas uniquement de l'ADN conjoint de nos parents, mais aussi d'influences épigénétiques subtiles remontant au moins à nos grands-parents. L'empreinte des schèmes de comportement et de mode de vie familiaux instille ses effets dans notre vie, tout comme la nôtre le fait dans celle de nos enfants et de nos petits-enfants. Sur une base commune, notre héritage culturel et notre conditionnement social exercent aussi une influence sur les innombrables façons dont nous participons à la vie, et ce, à de multiples niveaux de conscience.
Le moment et le lieu de notre naissance symbolisent la matrice astrologique du Soleil, de la Lune et des corps planétaires avec laquelle les astrologues travaillent depuis des millénaires pour comprendre les types de la personnalité humaine, c'est-à-dire la manière fascinante dont chacun de nous réagit différemment à des événements et à des circonstances similaires. Leurs influences archétypales ont été réhabilitées plus tard par des chercheurs comme les psychologues Carl Jung, Richard Tarnas, Stanislav Grof et plusieurs autres. C'est par l'interaction de ces multiples niveaux de conscience et d'intention autant que du libre arbitre et du destin que la mélodie de chaque vie individuelle se compose et que la symphonie de notre cocréativité collective se déploie.
La spirale dynamique
Après des millénaires d'acceptation et même d'encouragement des sévices causés au bien-être de l'humanité, l'affirmation des droits humains fondamentaux a gagné de plus en plus de terrain au cours des deux derniers siècles. Néanmoins, comme l'ont attesté des témoins globaux comme Amnistie internationale et des organismes humanitaires comme la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge, les violations constituent toujours l'expérience quotidienne de plusieurs membres de la famille humaine. Alors que nous continuons à lutter pour faire évoluer notre niveau collectif de conscience, il nous faut aussi reconnaître que ces droits doivent être équilibrés par des responsabilités mutuelles équivalentes. Nous sommes tous interconnectés profondément. Quand nous faisons du mal à quelqu'un, nous en faisons à nous-mêmes, et quand nous ignorons le malheur des autres, cette ignorance nous affecte dans les petites choses comme dans les plus grandes.
Alors que nous continuons à vivre nos expériences personnelles et collectives, le principe cosmique du reflet se manifeste dans notre vie. Cependant, nous ne pouvons être responsables que des choix que nous faisons au niveau de conscience qui est le nôtre au moment où nous les faisons. Notre conscience ne se développe pas d'une façon mécanique ou linéaire, mais en vagues et en spirales d'expériences qui nous apportent des aperçus graduels ou soudains. Il en est de même au niveau collectif.
Dans leur ouvrage innovateur titré La Spirale dynamique, Don Beck et Christopher Cowan décrivent un modèle de développement conscient pour des civilisations entières. Ils ont divisé nos sociétés actuelles en huit niveaux de conscience, chacune possédant une vision du monde particulière, laquelle, selon les auteurs, est apparue historiquement en réaction à des conditions de vie en un lieu et à une époque spécifiques et s'est progressivement complexifiée.
La théorie de la spirale dynamique reconnaît crucialement que la perception et les normes sociales manifestées à ces niveaux sont souples et dynamiques, et que chaque niveau est une expression authentique de notre expérience collective. Plutôt que par couches rigides, les processus évolutifs de nos sociétés - comme notre développement personnel - se déroulent en vagues qui montent, culminent et retombent, mais s'élèvent pourtant constamment en spirale. Les six premiers niveaux (de l'archaïsme au tribalisme, de l'autoritarisme au conformisme, de l'individualisme à l'humanisme) forment les échelons initiaux de la conscience et désignent essentiellement les perspectives historiques de l'humanité. Les deux derniers niveaux forment l'émergence d'un nouvel échelon de conscience.
Pour Beck et Cowan, le septième niveau est orienté vers la réintégration de nous-mêmes et du Cosmos. Tout en étant caractérisé par une perspective globale et par des systèmes de pensée qui voient le monde comme plus grand que la somme de ses parties, ce niveau tend encore à percevoir le monde "extérieur" comme séparé du monde "intérieur" ou personnel. Cette vision du monde a été appelée "boomérite" par le philosophe Ken Wilber, qui y voit une tension entre l'éveil spirituel et la focalisation sur soi qui caractérise la génération des baby-boomers, c'est-à-dire ceux qui sont nés après la Deuxième Guerre mondiale.
Pourtant, cette conception est une étape cruciale vers la manifestation du huitième niveau qui émerge maintenant et qui porte la vision du monde que nous avons examinée tout au long de ce livre. Elle surgit en nous à la fois au niveau personnel et collectif. En y adhérant, nous reconnaissons l'interconnexion intrinsèque du monde-entier et nous réalisons que la vie est naturellement signifiante. Nos expériences intègrent notre cœur, notre esprit et notre but; nous pouvons accéder à des niveaux d'expérience transpersonnels.
Un certain nombre d'enseignants spirituels répartis dans le monde ont reconnu l'existence et l'activation des chakras supérieurs par lesquels s'effectuent nos expériences de ces sphères supérieures, tout autant que les sept chakras par lesquels la conscience de notre personnalité trouve sa vitalité. Un consensus se développe quant à l'existence de cinq autres chakras transpersonnels à des niveaux supérieurs de conscience et quant à leur appartenance à un système de douze chakras formant l' "octave" du treizième niveau de notre conscience. Le huitième chakra, que certains appellent "le cœur universel", fait le pont entre notre perception fondée sur l'ego et une conscience supérieure. La vision du monde-entier qu'il nous permet de discerner et d'expérimenter forme la perspective holographique du huitième niveau décrit par Beck et Cowan ainsi que d'autres chercheurs.
Dans le passé, plusieurs traditions spirituelles nous incitaient à renoncer à notre ego pour atteindre l'"illumination ". On croyait souvent que cette réalisation impliquait nécessairement de transcender aussi les besoins physiques du corps humain et de l'expérience humaine. Ces enseignements excluaient effectivement la possibilité d'une évolution de la conscience dans le contexte de la vie quotidienne. Ces dernières années, cependant, un mouvement révolutionnaire de la conscience humaine a connu une croissance exponentielle. Appelé "révolution translucide" par Arjuna Ardagh, il permet littéralement à la lumière de briller à travers nous. Nous devenons alors de plus en plus harmonisés à l'intérieur de nous-mêmes et avec le monde-entier.
En reconnectant les aspects fragmentés de notre psyché, nous devenons plus authentiques et plus ouverts. Nous sommes capables de voir - sans jugement ni colère, mais avec discernement - à travers l'hypocrisie, la tromperie et la manipulation. La compassion et la clarté, que cette perception nous permet de ressentir, nous aide à prendre conscience des schèmes de comportement dont les thèmes sont apparus par cycles dans nos expériences de vie, nous limitant et nous empêchant de réaliser notre potentiel. D'une manière encore plus significative, pour chacun de nous et pour toute la famille humaine, cette translucidité et l'ouverture de notre huitième chakra nous permettent de guérir nos schèmes limitatifs. Il devient possible et réalisable de concilier les schismes apparemment incompatibles de genre, de race, de religion et de culture qui nous séparent depuis si longtemps. Alors que nous avons été en morceaux individuellement et collectivement, nous pouvons enfin être en paix.
Le chemin conduisant à l'entièreté
Nous nous alignons sur le Cosmos, parfois spontanément et parfois par des pratiques spirituelles comme la méditation et l'harmonisation. Un certain nombre de signes soutiennent ce chemin qui mène à l'entièreté. Alors qu'il a été suivi par des chercheurs spirituels de toutes les époques, nous l'empruntons maintenant aux moments ordinaires ou extraordinaires de notre vie quotidienne.
Tandis que le huitième chakra du cœur universel s'ouvre en nous, notre empathie avec le monde-entier s'accroît. Nous nous libérons progressivement de l'inquiétude. Notre esprit troublé trouve la paix. Nous sommes à l'aise avec nous-mêmes et avec le monde. En nous, l'insécurité et le doute cèdent la place à un sentiment d'utilité, non avec une focalisation égoïste, mais avec l'impulsion passionnée du service significatif à autrui. Même si nous ne pouvons peut-être pas changer les situations que nous vivons (du moins à court terme), nous pouvons changer notre attitude. La vie devient plus signifiante et imprégnée de la conscience que nous faisons ce qu'il faut faire, au bon endroit et au bon moment.
Les meilleures retombées de notre conscience en expansion sont peut-être une appréciation et une expérience plus profondes de la signification du bonheur. Chez plusieurs d'entre nous, elle suscite la réalisation que nos possessions matérielles n'équivalent pas nécessairement à la satisfaction intérieure. Thom Hartmann, l'un des pionniers de l'existence durable, a parlé du secret de l'"assez ". Chez les cultures occidentales et chez les sociétés en développement qui aspirent au mode de vie occidental, un mythe dangereux a été érigé en croyance : on est plus heureux si l'on a davantage de "possessions" qu'il n'est nécessaire à la satisfaction de ses besoins. Au contraire, le taux de maladie mentale, de dépression et d'insatisfaction est plus élevé dans les pays industrialisés qu'ailleurs dans le monde. Comme Hartmann et plusieurs autres l'ont réalisé - et comme le confirment de multiples sondages - , l'obtention de biens matériels supplémentaires ne procure pas le bonheur. Si la richesse extérieure cache une pauvreté intérieure, aucune quantité de "possessions" ne peut compenser le vide résultant.
Guérir l'affluenza
En 2005, John de Graaf, David Wann et Thomas H. Naylor ont coécrit la deuxième édition d'un livre portant comme titre le nom de la maladie de l'extrême consommation, qu'ils ont baptisée "affluenza ". Se concentrant principalement sur les États-Unis, son message s'applique néanmoins à tous les pays pareillement axés sur le matérialisme et sur la consommation ou qui y aspirent.
Ce livre met en évidence les coûts personnels, sociaux et environnementaux de la surconsommation, sa non-durabilité et son incapacité à soutenir et à promouvoir le bonheur et la santé. Plutôt que d'établir simplement les symptômes et les causes de l'affiuenza, les auteurs, comme tous les bons médecins, proposent un traitement efficace.
Comme pour le traitement de toute autre maladie, la première étape consiste à reconnaître qu'il existe un problème, à accepter que nous avons atteint le fond. C'est alors seulement que nous pouvons entreprendre le processus de guérison. Heureusement, des millions d'Occidentaux en sont déjà venus à cette conclusion et cherchent des moyens de mener une existence plus simple et plus durable, non seulement pour leur propre bénéfice, mais aussi pour celui de leur société. Cette quête de simplicité n'est pas fondée sur la peur ni sur une impression de pénurie, mais plutôt sur une redéfinition de l'abondance. Une existence pleine de stress, avec trop peu de loisirs et sans sécurité intérieure, nous amène souvent à tenter de remplir le vide qui en résulte en nous entourant de biens matériels qui n'améliorent ni notre condition ni celle du monde. Cependant, tandis que de plus en plus nombreux sont ceux qui s'en rendent compte et qui commencent à rééquilibrer la richesse extérieure avec la richesse intérieure, plusieurs découvrent une communion profonde avec le monde-entier.
Les sondages internationaux sur le bonheur montrent invariablement depuis plusieurs années que lorsque nous possédons "assez" de ressources matérielles pour subvenir à nos besoins, un "surplus", loin de nous rendre plus heureux, a plutôt l'effet contraire. Ce qui est évident, c'est que, quelle que soit la société où nous vivons, le bonheur nous vient d'une existence signifiante où nous vivons des relations affectueuses et enrichissantes, poursuivons un but valable, tirons du plaisir des événements quotidiens et disposons d'assez de temps pour nous consacrer à des activités qui nous intéressent. Rien de tout cela ne s'obtient avec de l'argent.
Un changement encourageant
Les auteurs d'Affiuenza affirment que quand nous atteignons le point où nous réalisons l'emprise de la dépendance exercée sur nous par la consommation ainsi que la futilité de la recherche de gain monétaire fondée sur le stress et destinée à financer l'acquisition compulsive de plus de "possessions", nous commençons par nous arrêter, puis nous réfléchissons à la situation, puis nous nous accordons un répit. Considérant les méthodes éprouvées de libération des dépendances, nous devrons peut-être chercher de l'aide. Comme c'est souvent le cas, les meilleurs aidants sont habituellement ceux qui ont été eux-mêmes dépendants et qui se sont guéris. Contrairement à la plupart des dépendances, l'affluenza est soutenue activement par un système économique qui promeut la consommation comme un but auquel on doit aspirer.
Nous reviendrons plus loin sur les initiatives visant à changer les tendances actuelles sur une échelle globale, politiquement et économiquement, mais, pour l'instant, concentrons-nous sur celles qui encouragement le changement au niveau personnel et au niveau de la base. Ce changement est révolutionnaire. Grâce à ces gens qui prônent une existence durable, il existe des ressources, des outils, des exemples et des contacts vers lesquels se tourner pour obtenir de l'inspiration, de l'aide pratique et du soutien. L'Internet et le nombre croissant de groupes locaux existant partout dans le monde permettent à une communauté interactive de développer ce que l'on appelle le mouvement de simplicité volontaire. Des sites Internet comme www.simpleliving.net soutiennent le choix personnel d'un style de vie simple, sain et revivifiant où chacun peut déterminer ce qui est important et ce qui est "assez". Cecile Andrews, l'une des fondatrices américaines du mouvement visant à encourager les gens à vivre une existence de simplicité extérieure et de richesse intérieure, a dit ceci: "Les gens ne se rendent pas compte à quel point c'est radical. C'est le cheval de Troie du changement social."
Le mouvement de simplicité volontaire célèbre surtout la vie. Il ne s'agit pas de promouvoir le sacrifice et la privation, mais plutôt l'exploration et la redécouverte de la vie en harmonie avec le monde-entier. Comme le découvrent de plus en plus de gens, la joie de cet éveil réside dans la redécouverte des plaisirs d'une vie simple et ordinaire. Nous nous rendons compte que nous n'avons pas besoin de nous isoler du monde quotidien pour atteindre l'illumination. Il y a deux millénaires, les grands maîtres Jésus, le Bouddha et Lao-tseu enseignaient que c'était là notre véritable nature et notre destinée cosmique. Plutôt que de nous faire chercher à devenir sans ego, la Transformation qui a lieu présentement nous permet d'honorer notre ego tout en dépassant le sentiment illusoire de séparation.
Cette Transformation est cruciale pour que nous résolvions les questions globales que nous affrontons en cette époque d'effondrement ou d'avancement potentiel. Si nous devions stagner à un niveau de perception fragmenté, égoïste et fondé sur l'ego, notre réaction individuelle ou collective à ces difficultés serait basée sur la peur, de sorte qu'un effondrement global serait inévitable. Cependant, il existe des signes de notre éveil. Un nombre croissant de gens se libèrent des schismes qui nous ont tous séparés et réconcilient le cœur, l'esprit et la volonté dans des entreprises de coopération et de cocréation.
Dans les derniers chapitres de cet ouvrage, nous examinerons les questions globales qui nous divisent toujours et nous verrons comment notre nouvelle conscience collective peut nous offrir - et elle commence déjà à le faire - des solutions nouvelles et révolutionnaires à des problèmes apparemment insurmontables.
La réalité intégrale
Les biologistes représentent parfois les quatre milliards et demi d'années de l'histoire terrestre sous la forme d'une horloge de 24 heures. Bien que la vie biologique soit apparue très tôt dans ce jour cosmique, ce n'est qu'à cinq heures du matin qu'elle est sortie de l'océan nourricier pour ramper sur la terre inhospitalière et incertaine. Il a ensuite fallu dix-huit heures de plus - l'équivalent de 500 millions d'années - pour que s'accomplisse l'incroyablement rapide développement de la vaste biodiversité de la Terre, appelée l'explosion cambrienne. En toute fin de soirée de notre journée terrestre, les dinosaures dominaient la planète. C'est seulement après leur disparition, vingt minutes avant minuit, que les mammifères sont apparus.
C'est dans les dernières secondes avant la fin du jour que nous, les humains modernes, avons marché sur la Terre. Au cours de cette infime période de temps, nous avons émergé de ce que les généticiens croient avoir été une minuscule population d'homo sapiens pour devenir nombreux comme nous le sommes aujourd'hui. Et maintenant, en ce dernier instant de notre jour terrestre, la cinquante-neuvième seconde de la cinquante-neuvième minute de la vingt-quatrième heure, nous sommes tristement devenus responsables d'avoir conduit au bord du désastre la biosphère et ses créatures vivantes.
La coopération
Les biologistes traditionnels évoquent souvent la nature compétitive du processus évolutif, interprétant même à l'extrême la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin, selon laquelle la vie est un simple processus perpétuant l'existence de gênes égoïstes dont seuls les mieux adaptés au milieu survivent. Dans ce contexte vital, le mot "adaptés" a fini par signifier "les plus gros, les plus forts et les plus compétitifs". Nous avons vu plus haut non seulement la stérilité de cette approche, mais la preuve accablante de la fausseté de ses limitations inhérentes. Darwin lui-même ne donnait pas ce sens-là au mot "adaptation". Par "survie des plus adaptés", il entendait les caractéristiques qui convenaient le mieux à l'environnement.
Lorsque nous observons l'ahurissante diversité de la Nature, nous y voyons beaucoup plus de coopération que de compétition. Alors qu'il existe des hiérarchies dans la chaîne alimentaire, il y a même entre les prédateurs et leurs proies des bénéfices mutuels chez les espèces impliquées. Depuis le tout début de la vie sur la Terre, la coopération à l'intérieur des espèces et entre elles, plutôt que la compétition, est très grande. En fait, plusieurs organismes monocellulaires - dont l'archéobactérie primitive - , qui furent les premières formes de vie terrestres, s'échangent des gènes à un degré remarquable. Leur coopération est si grande que les biologistes sont incapables d'identifier des frontières nettes et donc d'établir différentes espèces.
La diversité extraordinaire des espèces à l'intérieur des écosystèmes est beaucoup plus grande que si elle dépendait principalement de facteurs compétitifs. Les écosystèmes riches possèdent un éventail incroyable de créatures, à la fois végétales et animales, qui sont interdépendantes de nombreuses façons et qui exploitent des niches souvent extrêmement étroites dans leur environnement pour produire collectivement d'abondantes manifestations de la vie.
Dans un article marquant publié en 1981, le politologue Robert Axelrod a démontré comment les gens en viennent à coopérer plutôt qu'à rivaliser ou à s'offenser égoïstement les uns les autres, ce qu'il a compris au moyen de certains jeux. Il a invité des théoriciens du jeu professionnel à un tournoi où ils devaient déployer diverses stratégies de coopération ou de compétition entre deux agents, avec le défi de trouver le meilleur résultat cumulatif tel que mesuré par les bénéfices de l'harmonie et de la confiance mutuelles. L'élément capital du jeu d'Axelrod, c'était que, comme dans plusieurs scénarios de la vraie vie, les deux agents étaient incapables de communiquer entre eux et qu'ils étaient par conséquent incapables d'expliquer leurs actions ou de négocier.
Le gagnant du tournoi, le mathématicien Anatol Rapaport, était le joueur qui avait conçu la stratégie la plus simple, qu'il appelait "rétribution". Sa seule règle était celle-ci: les agents commençaient par coopérer, puis chacun reflétait l'action de l'autre. Ainsi, tant qu'aucun des deux n'offensait l'autre, la relation demeurait harmonieuse et il en résultait un bénéfice maximal. Axelrod découvrit que chaque stratégie débutant par la coopération l'emportait sur une stratégie débutant par la compétition ou centrée sur l'intérêt personnel. Il tira de la stratégie gagnante d'importantes conclusions qui s'appliquent autant aux organisations et aux nations qu'aux individus. Ne pas être le premier à offenser, toujours réciproquer, réagir plutôt qu'anticiper, et faire de son mieux pour soi-même sans tenter de surpasser l'autre.
Axelrod a démontré clairement les bénéfices de la coopération; néanmoins, la stratégie de rétribution comporte un sérieux inconvénient pratique. Comme les agents sont incapables de communiquer entre eux, si l'un offense l'autre ou rivalise avec lui, celui-ci réciproque et déclenche alors une spirale descendante. Lorsque le geste de rivalité ou d'offense est involontaire ou dû à une erreur, il n'existe aucun moyen d'y échapper et la relation devient soumise à un cycle incessant de méfiance et de disharmonie. Cependant, comme l'ont découvert Martin Nowak et Karl Sigmund, théoriciens du jeu, une coopération plus durable peut se développer lorsque la stratégie est modifiée de façon que les agents puissent choisir de ne pas punir certaines offenses et apprendre essentiellement de leurs propres erreurs et de celles de l'autre.
Au début des années quatre-vingt-dix, Nowak et Sigmund ont utilisé la simulation informatique pour observer une grande diversité de stratégies impliquant divers schèmes de coopération et de compétition/offense, dans chacune desquelles le choix de rivaliser ou de coopérer était effectué en réaction à ce que l'autre agent avait fait lors de la ronde d'actions précédente. À travers des centaines de milliers d'itérations, ils ont vu le flux et le reflux des cycles de coopération et d'offense. Finalement, après deux cycles de coopération dont chacun était suivi d'une descente dans les turbulences de l'offense, une troisième vague de coopération se développait, durable cette fois.
Ce que ces chercheurs ont démontré, c'est le cul-de-sac du comportement vengeur, tant au niveau personnel que collectif. Ils ont également démontré la possibilité de paix et de réconciliation qui existe quand les agents dépassent leurs réactions habituelles qui les emprisonnaient, reconnaissent l'humanité et la faillibilité de ceux avec qui ils ont été en conflit, et consentent à reconnaître leurs propres offenses. Les étapes qui conduiront à la résolution auront presque certainement besoin d'être négociées, mais, au lieu du poids mortel du compromis, une nouvelle phase de coopération émergera.
Le bonheur
Le nombre croissant d'études sociales sur ce qui rend les gens heureux, en plus d'éliminer l'argent et la surabondance de biens matériels, révèle que ce sont les mêmes choses qui font le bien-être et le bonheur des gens partout dans le monde :
- Développer d'excellentes aptitudes sociales et des relations enrichissantes
- Poursuivre des buts intéressants et y prendre plaisir
- Jouir des petites choses simples de la vie
- Demeurer actif physiquement
- Équilibrer le travail et les loisirs
- Aider les autres
- Garder le sens de l'humour
Finalement, il semble que le bonheur soit lié à la relation que nous entretenons avec nous-mêmes et avec les gens qui partagent notre vie.
Au chapitre précédent, nous avons vu comment des gens s'unissent pour partager, se soutenir et cocréer le mouvement de simplicité volontaire. Il existe plusieurs autres initiatives du genre qui, telles des vagues assaillant un rivage, alimentent un changement global.
L'unité dans la diversité
Les processus interactifs et interdépendants du monde manifesté se déroulent à toutes les échelles d'existence. Ils permettent au monde-entier de s'exprimer dans la diversité de ses nombreuses expressions. Ces dernières années, nous avons vu ces processus dans le remarquable développement du Web et de l'Internet. Leur structure initiale de communication, leur méthode d'emmagasinage de données et le langage informatique ont été établis séparément par trois pionniers: l'ingénieur Paul Baran, et les informaticiens Wesley Clark et Tim Berners Lee. Sans plan d'action central, leurs innovations hautement décentralisées, souples et robustes ont établi les bases du réseau global qui s'est développé en un écosystème fondé sur la technologie. Comme pour les écosystèmes biologiques, la nature fractale et harmonique du Net et du Web leur permet de croître et d'évoluer en conservant leur souplesse non hiérarchique.
Au début de 2007, le nombre global de voix communiquant par le Web a atteint le milliard. Cette communauté en ligne partage un langage fondamental: la capacité de partager des expériences au moyen d'une base de données commune, et la souplesse issue de la standardisation du matériel et du logiciel informatiques. En juin 2007, Stephen Cass, du magazine Discover, a voulu estimer le poids électronique total de l'information contenue dans le Net et il a découvert qu'elle ne pesait guère plus qu'un grain de sable.
Plus de deux siècles auparavant, le poète mystique William Blake avait vu intuitivement la nature fractale du monde-entier en écrivant ceci dans Augures d'innocence: " Voir le monde dans un grain de sable ". Il poursuivait ainsi: "Et le ciel dans une fleur sauvage / Tenir l'infini dans la paume de sa main / Et l'éternité dans une heure."
Nous commençons maintenant à partager l'intuition de Blake. Les processus développés par le Net ont conduit à de nouveaux modes de communication et d'expérience révolutionnaires. Ils nous permettent de nous exprimer de beaucoup plus de façons qu'auparavant tout en devenant plus conscients de l'unité qui sous-tend notre diversité.
Les valeurs dont nous reconnaissons maintenant le partage en tant qu'espèce sont même plus importantes que les détails des nouvelles formes de coopération. Ces valeurs - qualités et principes fondamentaux - sont universelles pour la famille humaine, sans distinction de sexe, d'ethnie ou de système de croyances culturel. Elles filtrent à travers les mythes et les archétypes de ce que Jung a défini comme notre inconscient collectif. Certaines de ces valeurs inconscientes deviennent maintenant conscientes. Par exemple:
- L'équilibre des droits et des responsabilités des humains en tant que citoyens du monde
- L'équilibre des besoins humains - plutôt que des désirs - et le service requis envers le bien commun
- Le respect mutuel
- L'honnêteté, l'ouverture et la justice dans tous les échanges
- L'inclusion plutôt que l'exclusion et le préjugé
- La compassion et l'honnêteté dans l'action; traiter les autres comme nous aimerions être traités
- Le respect pour toutes les formes et manifestations de la vie
Quel que soit notre sexe, nous possédons des attributs masculins et féminins dont la complémentarité est cruciale pour que nous exprimions pleinement l'entièreté de la vie et tenions la promesse de ces valeurs partagées. Pourtant, dans pratiquement toutes les cultures au cours des deux derniers millénaires, les qualités que nous associons au féminin ont été dénigrées et marginalisées. Chez les nations occidentalisées, même le mouvement féministe de la fin du vingtième siècle a eu tendance à valoriser les aspects agressifs du féminin, faisant presque de celui-ci un substitut du mâle. Il faut absolument reconnaître que nous possédons tous le masculin focalisé sur le mental et le féminin focalisé sur le cœur, et que ce sont des aspects complémentaires de notre être et de notre existence.
La Transformation révèle qu'au niveau collectif le retour du féminin est crucial pour rééquilibrer et - comme l'auraient dit les Anciens - recélébrer le mariage sacré en nous et entre nous dans tous les aspects de notre vie. Il faut inclure de toute urgence les attributs traditionnellement féminins - le soin, la compassion, l'empathie et la coopération - dans nos organisations collectives pour nous développer et nous maintenir ainsi que nos sociétés.
Ervin Laszlo et Jude Currivan