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Conscience planétaire / Partenariat avec la Terre
 

FAIRE DURER L'ÉMERVEILLEMENT
par
MARK NEPO

Extraits de son livre LE LIVRE DE L’ÉVEIL, p. 392-393
Ariane Éditions, 2006

 

Dans un atome, on trouve tous les éléments de la Terre.
Dans un mouvement de l'esprit, on trouve tous les mouvements des lois de l'existence.
Dans une goutte d'eau, on trouve tous les secrets des océans infinis.
Dans un aspect de vous, il y a tous les aspects de l'existence.
Khalil Gibran

En tant qu'êtres humains, nous vivons en fonction d'un cycle inexorable. En effet, notre mental érige une carapace visant à protéger notre esprit, carapace qui étouffe cependant l'esprit, du moins jusqu'à ce que nous trouvions le moyen de la briser en vue de poursuivre notre croissance. Nous érigeons donc une carapace, pour ensuite la détruire. Et nous en érigeons une autre plus mince, puis nous la détruisons. Et ce n'est qu'entre les cycles de construction de carapace que nous sommes réellement sensibles. C'est seulement entre ces carapaces que l'amour peut nous transpercer.

Mais ce n'est pas de notre faute. La nature entière est soumise à ce cycle. Dans un premier temps, la mousse envahit les arbres, l'argent ternit, l'esprit s'émousse sous les concepts. Dans un deuxième temps, l'orage débarrasse l'arbre de sa mousse, l'éraflure révèle l'éclat de l'argent et les conflits montrent le mental dans son état brut.

Le temps construit, puis érode. Il nous transforme sans vraiment nous changer. Le sable entassé par le vent sous forme de dunes est ensuite dispersé par la marée. Voilà comment, dans nos premières années, la vie nous comble pour ensuite se retirer en silence. Nous n'avons d'autre choix que de supporter le film qui sans cesse nous bâtit et d'endurer l'érosion qui s'ensuit inévitablement.

Bien entendu, cette valse entre le film et l'érosion n'est pas uniquement physique. Elle touche aussi notre pensée, nos sentiments, notre vision et notre manière d'être. Nous nous émoussons et nous nous ravivons tour à tour avec une grande facilité. Nous devenons spirituellement des amnésiques chroniques, nous perdant dans les méandres de la pensée lorsque nous cessons de participer et de ressentir. Un jour, au réveil, nous avons oublié ce qu'est ressentir la vie, tout en gardant néanmoins le souvenir précis de sa forme. Nous voyons tout, chaque détail et chaque nuance, avec clarté, mais ne ressentons plus rien. C'est ainsi que le mental se couvre de concepts et de mots comme la planète se couvre d'arbres, au point où il nous est désormais impossible de voir le ciel. Dès lors, nous éprouvons le besoin d'éclaircir nos pensées et nos paroles avec la hache du silence.

En vérité, notre vivacité est tributaire de notre aptitude à faire durer l'émerveillement, ces moments où nous sommes à vif, à demeurer immobiles et en silence jusqu'à ce que tous les éléments de la Terre et tous les secrets des océans viennent éveiller les aspects de l'existence qui dorment en nous.

  • Au cours de votre prochaine promenade à pied, laissez l'air frais vous ouvrir les yeux.

  • Prenez une grande inspiration et laissez l'air fondre le film des souvenirs et des pensées qui vous assaillent.

  • Sentez le sang vous monter au visage et ouvrez les yeux avec fraicheur.

Mark Nepo