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Conscience de Soi / Guérison
 

SE LIBÉRER DE L'AMOUR CARACTÉRIEL
par
MARIE LISE LABONTÉ

Extraits de son livre Parlez-moi d'amour vrai, p. 165 à 171
Les Édition de l'Homme, 2007
 

I1 n'existe pas de solution miracle pour se libérer de l'amour caractériel, il n'existe que des miracles. Celui qui a une personnalité caractérielle a l'impression de porter en lui un monstre de méchanceté et de haine. Plus il aime dans le conflit et la violence, car c'est ce qu'il a appris, plus il est confronté à ce monstre. Cela entretient son isolement et sa coupure d'avec le potentiel d'amour qui est en lui et chez les êtres qui l'entourent. Pourtant, l'amour est la seule voie pour sortir de relations caractérielles. Si cette affirmation semble simpliste, elle implique toutefois une grande transformation intérieure et extérieure. Il est difficile, pour celui qui ne connaît que l'amour caractériel, de se laisser toucher par l'amour, car il vit toujours en présence de l'équation: amour = violence et agression. Comme je le disais antérieurement, un univers de glace, de froideur et de dureté entoure son cœur. Seuls l'amour et le contact avec sa propre souffrance, cette souffrance qui a généré la fermeture de son cœur, peuvent faire fondre cette prison. L'être qui aime dans le conflit est quelquefois surpris par la vie, son mouvement et des évènements qui s'enchaînent malgré lui: le diagnostic d'une maladie, le divorce d'avec son conjoint, ou tout simplement le fait de côtoyer la mort ou la naissance. Il perd soudainement le contrôle de son monde car la vie vient le questionner et le surprendre. Elle éveille alors son cœur fermé.

Libérer l'enfant blessé de sa prison de glace

Une des premières étapes vers la libération consiste à reconnaître que l'amour véritable est réellement emprisonné en soi et qu'il est possible d'aimer sans conflit.

Pauline avait 40 ans lorsqu'elle fut témoin d'une agression en plein après-midi dans le centre-ville de Montréal. Elle fut la première sur la scène du crime. Comme elle me l'a raconté par la suite, sa vie s'est transformée à partir de ce moment-là. Elle avait devant elle une femme qui venait d'être atteinte de dos, dans la zone du cœur, par une arme blanche. Pauline s'est penchée sur cette femme, lui a tenu la main, lui a parlé, l'a réconfortée, l'a maintenue en vie par sa voix et son regard jusqu'à ce que les secours arrivent sur place. Elle n'a jamais revu cette femme. Elle sut par les journaux du lendemain qu'elle était décédée. Tel fut l'évènement qui permit à Pauline de quitter la prison de glace où elle était enfermée depuis sa petite enfance. Elle me confia qu'elle avait aimé cette femme dans un mouvement de compassion: "Devant sa souffrance, mon cœur s'est ouvert. Une chaleur a envahi ma poitrine et je me suis demandé pourquoi j'avais haï les autres toute ma vie" En réalité, Pauline s'était spontanément reconnue dans cette femme. Un jeu de miroir s'était produit, auquel son inconscient et sa personnalité consciente avaient réagi. Du jour au lendemain, Pauline changea sa façon d'aimer. Elle cessa d'alimenter les conflits de son couple caractériel et tenta d'aimer son mari différemment. Elle vint me voir en thérapie et, ensemble, nous avons travaillé sur son passé, mais surtout sur la libération de son enfant intérieur et sur la guérison de son ressentiment.

Nous portons tous en nous un enfant intérieur créateur qui nourrit notre âme. Cet enfant peut avoir été blessé. C'est le cas chez la personne qui aime par la haine. En elle, cet enfant est en grande souffrance. Il est emprisonné dans la prison de glace d'une tristesse qui n'a jamais été pleurée, il est étouffé ou mal nourri, voire maltraité par l'adulte meurtri qui ne parvient pas à se laisser aller à l'amour. Que nous ayons été mal aimés, trop aimés ou non aimés, nous sommes souvent éloignés de notre enfant intérieur. C'est encore plus vrai pour celui ou celle qui s'est construit autour de la haine et du ressentiment...

Pleurer sa souffrance

Celui qui ne sait aimer que dans la haine, devient à la longue insensible aux autres, tant à leur souffrance qu'à leur beauté. Il est de glace, plus rien ne le touche. Il s'est éloigné petit à petit de son cœur d'enfant. Même s'il est rempli de désespoir, si son état est dépressif et son âme douloureuse, il ne sait plus comment pleurer. Toute sa vie durant, il a cherché à s'éloigner de sa souffrance qui était intolérable, mais ses larmes se sont figées depuis longtemps. C'est ce qui a créé la prison physique et psychique autour de son enfant intérieur blessé. Cette partie de nous, l'enfant qui porte la blessure d'amour, a besoin d'être libérée pour que l'amour circule de nouveau dans notre cœur et notre corps. Les évènements-chocs d'une vie peuvent percuter cette souffrance enfouie. Ils fissurent alors la forteresse de glace et permettent à la personne de pleurer...

Laisser aller le ressentiment

Se dégager du ressentiment est une des choses les plus difficiles à vivre dans le processus visant à se libérer de l'amour caractériel. Grand, en effet, est l'attachement au sentiment de colère et au désir de punition. Il n'est pas nécessairement conscient cependant. Celui, ou celle, qui aime dans la haine vit dans un cercle vicieux de persécution et de victimisation des autres et de lui-même. De ce fait, il dispose toujours d'un coupable et d'une victime, ce qui alimente son ressentiment. Le Dr Simonton, célèbre oncologue, propose une visualisation pour se libérer du ressentiment. Ayant fait moi-même cette expérience dans ma vie de jeune adulte atteinte d'une maladie incurable, j'ai élaboré une visualisation inspirée de celle du Dr Simonton. Vous la trouverez ici.

L'état de ressentiment n'est pas le propre des gens qui aiment dans la haine et le conflit. Tous ceux et celles qui souffrent d'une blessure d'amour fondamentale et qui n'ont pas pris la responsabilité de leur souffrance le connaissent. Tous ceux qui accusent les autres de leur souffrance sont aux prises avec le ressentiment, à des degrés différents. À la longue, cet état toxique produit de la culpabilité. Celle-ci va envenimer le tout. Se libérer du ressentiment n'est possible que si nous acceptons la blessure qui y est inhérente. Il faut reconnaître que "Oui, j'ai souffert", "Oui, une partie de moi est encore en souffrance", "Oui, j'ai mal", "Oui, j'ai le droit de pleurer ma souffrance", "Oui, j'ai le droit d'avoir mal". Cette étape est essentielle si l'on veut cesser d'accuser l'autre. Accuser l'autre, lui donner le rôle du persécuteur, du bourreau, ne fait que nourrir le ressentiment. Il y a en effet toujours quelqu'un qui nous a blessés ... Que d'énergie perdue à accuser les autres et à s'accuser soi-même. Une telle attitude ne respecte pas la vie. Elle engendre une perte de l'énergie amoureuse et créatrice permettant l'autoréparation. Pour libérer le ressentiment, il faut commencer par reconnaître sa souffrance et permettre à l'enfant blessé qui vit en nous de pleurer et de dire "J'ai mal". Cet enfant a droit à sa souffrance.

La seconde étape consiste à se poser la question: "Comment puis-je m'aider dans cette souffrance?" ou "Comment puis-je aider l'enfant blessé qui vit en moi?". Évidemment, surgira le réflexe qui consiste à accuser l'autre, celui qui nous a blessés. Il faut alors reconnaître que cela est sans fin: accuser l'autre, même si cela nous met un léger baume sur le cœur, est une grande illusion. La douleur fondamentale fait toujours mal, et c'est nous qui souffrons, ce n'est pas l'autre. L'autre est aux prises avec sa propre souffrance, et nous avec la nôtre. C'est si simple ... Renoncer au ressentiment, c'est permettre à celui ou à celle qui nous a fait souffrir de s'en aller. Nous ne pouvons pas le retenir à jamais. Se guérir du ressentiment est un exercice de détachement. Cette énergie libère l'amour qui nous aidera à guérir l'enfant blessé qui vit en nous. Si vous décidez de laisser aller votre ressentiment, consultez ... la visualisation que je vous propose ici.

Se laisser toucher par l'amour

Je me souviendrai toujours d'un séminaire vécu à Chicago. Le thème de ce séminaire était l'amour. À l'époque, j'étais de retour au Québec. Je m'étais autoguérie de mon arthrite physique et émotionnelle, mais il restait l'arthrite mentale ... J'étais encore attachée à certains comportements et conditionnements qui auraient pu me conduire à une rechute générale. Pourtant, je travaillais quotidiennement à maintenir l'équilibre entre ce que je vivais dans mon corps et les aspects inconscients de ma maladie que je n'avais pas encore mis au jour. Quelque chose me poussa à me rendre en voiture au séminaire de Chicago, en plein hiver. De Montréal à Chicago, la route est longue et ardue ... Mais j'ai à peine hésité, à peu près sûre que tel était mon chemin d'autoguérison.

Le séminaire débuta par des exercices de respiration inspirés du rebirth et de la méthode de Stanislav Graf. J'entendais le mot "amour", constamment répété; en fait, j'entendais love car le séminaire se déroulait en anglais. Love, love, love, mes oreilles me faisaient mal, je ne supportais plus d'entendre ce mot et je sentais monter en moi une énorme résistance. J'aurais voulu hurler: "Cessez de répéter love; je n'en peux plus!" Puis, vint un exercice à travailler à deux: un des partenaires accompagnait l'autre par un toucher léger sur sa tête et sur son cœur. J'étais étendue au sol, la première à recevoir car je n'avais qu'une envie: fuir ou m'écrouler au sol tant j'étais fatiguée ... Lorsque mon partenaire me toucha la région du cœur et par la suite déposa sa main sur ma tête, comme un père ou une mère avec sa fille, j'ai vu avec mes yeux intérieurs que mon cœur, même s'il semblait ouvert, était encore fermé face aux autres. J'ai vu qu'une zone de mon cœur intérieur était fermée à l'amour, et ce, depuis l'âge de quatre ans ... Mon corps repoussait la main bienveillante qui s'était posée très légèrement sur lui, puis, soudain, j'ai lâché prise et j'ai senti que cette même main, qui n'avait pourtant pas bougé à l'extérieur, touchait mon cœur: je venais de m'ouvrir davantage à l'amour, je recevais l'amour, l'énergie circulait depuis la main de l'autre participant jusqu'à mon cœur, de mon cœur à sa main. En même temps, mon inconscient me renvoyait plusieurs scènes de ma vie durant lesquelles j'avais fermé mon cœur pour me défendre de l'amour. Les images visuelles circulaient et les sensations kinesthésiques aussi. Mon corps vibrait à l'amour. Je me laissais enfin toucher par l'amour. J'allais avoir 28 ans.

Le lendemain, je refaisais la route de Chicago à Montréal.

Des souvenirs concernant ma vie continuaient de me venir en tête. À ce moment-là, j'ai compris que je venais de me libérer de mon "arthrite mentale". Le séminaire avait ouvert une des portes de la prison de mon cœur. J'acceptais d'être touchée par l'amour et de le vivre dans la liberté et la spontanéité.