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Conscience de soi / Maîtrise de soi
 

L'ACCEPTATION ET LE LÂCHER-PRISE
par
ECKHART TOLLE

Extraits de son livre QUIÉTUDE, p. 53 à 61
Ariane Éditions, 2003

 

Chaque fois que vous le pouvez, "regardez" en vous pour voir si vous êtes en train de créer inconsciemment un conflit entre l'intérieur et l'extérieur, entre votre condition extérieure à cet instant - où vous êtes, avec qui vous êtes ou ce que vous faites - et vos pensées et sentiments. Sentez-vous à quel point il est pénible de s'opposer intérieurement à ce qui est?

En le reconnaissant, vous vous voyez maintenant libre de laisser tomber ce conflit futile, cet état de guerre intérieur.

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Si vous deviez verbaliser votre réalité intérieure à cet instant, combien de fois par jour vous diriez-vous: "Je ne veux pas être ici"? Comment vous sentez-vous lorsque vous ne voulez pas vous trouver là où vous êtes: dans un bouchon de circulation, à votre lieu de travail, à la salle d'attente de l'aéroport, parmi les gens qui vous entourent?

Bien entendu, il est bon de sortir de certains endroits - c'est parfois le geste le plus approprié. Mais dans bien d'autres cas, vous n'avez pas le choix. Ce "je ne veux pas être ici" est alors inutile et dysfonctionnel. Il vous rend, vous et les autres, malheureux.

Quelqu'un a dit : "Où que vous soyez, il y a vous." En définitive, vous êtes ici. Toujours. Est -il si difficile de l'accepter?

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Est-il vraiment nécessaire d'étiqueter chaque perception et expérience sensorielle? A-t-on vraiment besoin d'une relation réactive d'attirance ou d'aversion avec la vie, de conflits presque continus avec des situations et des gens? Ou bien n'est-ce qu'une habitude mentale que l'on peut rompre? Non pas en faisant quelque chose, mais en laissant ce moment être comme il est.

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Le "non" habituel et réactif renforce l'ego. Le "oui" l'affaiblit. Votre identité de forme, l'ego, ne peut survivre au lâcher-prise.

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"J'ai tellement de choses à faire!" Oui, mais quelle est la qualité de vos gestes? En vous rendant au travail, en parlant à des clients, en travaillant à l'ordinateur, en effectuant des courses, en vous occupant des innombrables composantes de votre quotidien - êtes-vous pleinement dans ce que vous faites? Vos agissements sont-ils marqués par le lâcher-prise ou par la rigidité? C'est cela qui détermine votre succès dans la vie, et non la quantité de vos efforts. L'effort implique le stress et la tension, le besoin d'atteindre un stade futur ou d'accomplir un certain résultat.

Détectez-vous en vous la moindre absence de désir de ce que vous êtes en train de faire? Comme vous êtes à nier la vie, aucun résultat heureux n'est possible.

Si vous détectez cet état en vous, pouvez-vous également le laisser tomber et vous plonger entièrement dans ce que vous faites?

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"Une chose à la fois", c'est ainsi qu'un maître zen définissait l'essence du zen. Faire une chose à la fois, c'est vous plonger entièrement dans ce que vous faites à l'instant, y accorder toute votre attention. C'est agir dans le lâcher-prise - dans la maîtrise.

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Votre acceptation de ce qui est vous amène à un plan plus profond où votre état intérieur, de même que votre sentiment de soi, ne dépend plus des jugements moraux du mental.

Lorsque vous dites oui à la vie "telle qu'elle est", lorsque vous acceptez ce moment tel qu'il est, vous éprouvez un sentiment d'ampleur imprégné d'une paix profonde.

En surface, vous êtes peut-être encore heureux lorsqu'il fait beau, et pas autant lorsqu'il pleut; vous pouvez être heureux de gagner un million et malheureux de perdre tous vos biens. Toutefois, ni le bonheur ni le malheur ne vont jusqu'à cette profondeur. Ce sont des vaguelettes à la surface de votre Être. La paix sous-jacente demeure imperturbable en vous, quelle que soit la nature de la condition extérieure.

Le oui à ce qui est révèle en vous une dimension de profondeur qui ne dépend ni des conditions extérieures, ni des conditions intérieures de pensées et d'émotions en constante fluctuation.

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Il est tellement plus facile de lâcher prise en voyant la nature fugace de toutes les expériences et le fait que le monde ne peut rien vous procurer de durable. Vous continuez alors de rencontrer des gens, de vous engager dans des expériences et des activités, mais sans les désirs et les peurs du soi égoïque. En somme, vous n'exigez plus qu'une situation, une personne, un lieu ou un événement vous satisfasse ou vous rende heureux. Sa nature transitoire et imparfaite a le droit d'exister.

Et le miracle, c'est que lorsque vous n'exigez plus rien, chaque situation, personne, endroit ou événement devient non seulement satisfaisant, mais aussi plus harmonieux, plus paisible.

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Lorsque vous acceptez complètement ce moment, lorsque vous n'argumentez plus avec ce qui est, le besoin compulsif de penser diminue et laisse place à un calme éveillé. Vous êtes pleinement conscient, mais l'esprit n'appose à cet instant aucune espèce d'étiquette. Cet état de non-résistance intérieure vous ouvre à la conscience inconditionnée, qui est infiniment plus grande que le mental humain. Cette vaste intelligence peut alors s'exprimer par votre intermédiaire et vous aider, de l'intérieur comme de l'extérieur. En abandonnant la résistance intérieure, vous voyez souvent la situation changer pour le mieux.

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Suis-je en train de dire : "Appréciez cet instant. Soyez heureux."? Non. Laissez simplement cet instant être comme il est. Cela suffit.

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Lâcher prise, c'est s'abandonner à cet instant, et non à une histoire au moyen de laquelle vous interprétez ce dernier pour ensuite tenter de vous y résigner.

Par exemple, il se peut qu'un handicap vous empêche de marcher. Cette condition est ce qu'elle est. Votre mental est -il en train de créer une histoire où vous vous dites: "Ma vie en est vraiment là! j'ai abouti dans un fauteuil roulant. La vie m'a traité avec dureté et d'une façon injuste. Je ne mérite pas cela."?

Pouvez-vous accepter que ce moment soit comme il est, sans le confondre avec une histoire dont le mental l'a enrobé?

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Le lâcher-prise vient lorsque vous ne demandez plus: "Pourquoi cela m'arrive-t-il?"

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Un bien profond se cache même dans la situation la plus inacceptable et la plus pénible en apparence, et tout désastre renferme le germe de la grâce.

Au cours de l'histoire, des hommes et des femmes ont, devant une grande perte, une maladie, une incarcération ou une mort imminente, accepté ce qui semblait inacceptable, découvrant ainsi " la paix insondable" .

Accepter l'inacceptable est la plus grande source de grâce en ce monde.

Dans certaines situations, toutes les réponses et les explications échouent. La vie n'a plus aucun sens. Ou quelqu'un en détresse vous demande de l'aide et vous ne savez pas que faire ou dire.

Lorsque vous acceptez pleinement de ne pas savoir, vous cessez de lutter pour trouver des réponses dans les limites du mental, et c'est alors qu'une intelligence plus vaste peut agir par votre intermédiaire. Même la pensée est susceptible d'en bénéficier, car l'intelligence plus vaste peut y affluer pour l'inspirer.

Parfois, lâcher prise signifie cesser de comprendre et se sentir à l'aise dans le fait de ne pas savoir.

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Connaissez-vous quelqu'un dont la fonction principale, dans la vie, consiste apparemment à créer son propre malheur et celui des autres, à répandre l'infortune? Pardonnez-lui, car lui aussi participe à l'éveil de l'humanité. Il a le rôle d'intensifier le cauchemar de la conscience égoïque, l'état de non-lâcher-prise. Il n'y a là rien de personnel. Ce n'est pas sa nature essentielle.

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D'une certaine manière, le lâcher-prise est la transition intérieure de la résistance à l'acceptation, du "non" au "oui". Lorsque vous lâchez prise, votre sentiment personnel cesse de s'identifier à une réaction ou à un jugement mental pour passer à l'espace qui entoure cette réaction ou ce jugement. Au lieu de s'identifier à la forme - pensée ou émotion -, il est, tout simplement, et reconnaît en vous ce qui est sans forme - la conscience spacieuse.

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Tout ce que vous acceptez entièrement vous mène à la paix, même l'impossibilité d'accepter, même la résistance.

Laissez la Vie tranquille. Laissez-la être.

Eckhart Tolle